Des cursus à suivre ? Non, des parcours à inventer !

Un article a été mis en ligne aujourd’hui sur le site Slate.fr, intitulé « Plaidoyer pour l’année sabbatique des étudiants », avec l’accroche suivante : « Faire une pause dans la course aux diplômes est formateur. Cela permet de voir le monde au-delà du tableau noir. »
J’ai trouvé cet article intéressant, et propre à susciter des réflexions utiles dans le monde de l’éducation. J’en ai donc recommandé la lecture à mes étudiants sur mon blog d’enseignement, mais au cas où cela intéresse aussi les lecteurs d’ET d’Orion, je reproduis ici quelques commentaires… 😉

Bien sûr, ce n’est pas un encouragement à ne pas étudier, encore moins à ne rien faire ;-). Bien au contraire ! C’est parce que les études sont précieuses qu’il faut les aborder positivement, mûrement, dans la sérénité et avec le recul nécessaire. Or ce recul peut passer (doit passer ?) par la confrontation avec un monde plus vaste que l’environnement scolaire ordinaire, plus ou moins automatique et conditionné, qui, si on n’y prend garde, finirait par aliéner au lieu d’émanciper — ce qui serait un comble !

C’est particulièrement vrai à l’université : pour être véritablement « universitaire », la vie étudiante ne peut être vécue repliée sur elle-même, limitée à un programme d’étude préétabli et circonscrit, confinée aux informations transmises entre quatre murs (euh, plutôt six, en fait, si l’on compte le plafond et le plancher 😉 ), par des « opérateurs du savoir » eux-mêmes « abstraits » du monde auquel ils sont censés ouvrir… en s’y ouvrant eux-mêmes.

C’est parce que le monde est fluide, mouvant, dynamique, en perpétuelle évolution, que les études doivent l’être aussi. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut papillonner sans cesse, aller de ci de là, au gré de nos désirs éphémères, ne faire que ce qui nous plaît quand ça nous plaît, dans l’illusion d’une liberté qui ne serait alors que la tyrannie de l’envie et de la facilité. Faire des études, c’est exigeant : cela demande du temps, des efforts, de la persévérance. C’est capital, mais justement parce que c’est capital, il faut savoir ce que l’on fait, pourquoi on le fait, et ne pas oublier que le monde est vaste et que c’est pour se donner les moyens d’y participer pleinement et heureusement, dans la singularité et la diversité de nos aptitudes et de nos aspirations propres, que nous faisons des études – et que nous continuerons à en faire tout au long de notre vie.

Nul besoin, d’ailleurs, de faire le tour du monde pour « voir du pays », s’ouvrir l’esprit, explorer des voies nouvelles, arpenter des chemins peu familiers, rencontrer le monde, la vie, des êtres et des pensées enrichissantes… Si la perspective est dynamique, l’Université – y compris l’Université physique, faite de briques, de tableaux blancs, d’enseignants et d’étudiants – peut-être un environnement d’une grande richesse, accueillant en son sein une diversité souvent inexploitée. Et pour qui sait tirer parti de l’ouverture extraordinaire qui accompagne le développement des technologies de l’information et de la communication, le monde, ici-et-maintenant, et pratiquement quelles que soient nos activités quotidiennes, est essentiellement sans limites.

Il n’y a plus de cursus. Il y a des univers entiers à découvrir, des mondes à investir, des connaissances et des savoir-faire à embrasser, toute une symphonie de parcours singuliers à suivre ou plutôt à créer, à construire en se construisant soi-même…

Les seules limites sont nos limites. Saurons-nous les atteindre… et les dépasser ?

Réalité virtuelle : bienvenue dans la « cave » !

Réalité Virtuelle immersive, dans la "cave" du LIMSI

Ça y est, elle est arrivée !

Je parle de la « cave » (prononcer « kève ») du LIMSI, le Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur, situé sur le plateau d’Orsay…

La "cave" du LIMSI, à Orsay La "cave" du LIMSI, à Orsay

Une « cave » est un dispositif de Réalité Virtuelle immersive, comportant des écrans occupant une part plus ou moins importante du champ de vision de l’utilisateur, sur laquelle se trouve projetée une scène tridimensionnelle conformément au point de vue virtuel dudit utilisateur.

La « cave » en question, pilotée par l’équipe de recherche en Réalité Virtuelle et Augmentée « VENISE« , est en fait connue sous le nom de « système EVE » (Evolutive Virtual Environment) – ou Ève pour les intimes ;-). Elle est l’une des plus perfectionnées, et après des années de planification et des mois d’attente et de reports, elle est enfin terminée ! Il reste quelques réglages à faire, mais j’ai pu l’expérimenter aujourd’hui même, et je vous la présente en avant-première mondiale ! Vive ET d’Orion point com !

Réalité Virtuelle immersive, dans la "cave" du LIMSI

Comme vous pouvez le voir, cette « cave » comporte trois écrans se joignant à angles droits. Les deux écrans verticaux sont suffisamment grands pour couvrir le champ de vision, et, fait remarquable, le sol est formé d’une dalle sur laquelle se projettent également les éléments de la scène correspondants, ce qui permet de voir les objets sur toutes les coutures, y compris par au-dessus. L’expérience d’immersion est remarquable !

Réalité Virtuelle immersive, dans la "cave" du LIMSI

Réalité Virtuelle immersive, dans la "cave" du LIMSI

Le dispositif est même capable de restituer les points de vue en 3D de deux utilisateurs simultanées, partageant ainsi l’expérience virtuelle d’une seule et même scène, en immersion, grâce à une technique unique au monde ! Dans la scène ci-dessous, Jean-Marc Vézien et moi-même voyons une seule et même sphère verte (et une seule et même sphère rouge), exactement à la même position dans l’environnement virtuel dans lequel nous sommes immergés. Le point de vue extérieur (celui de la photo !) ne peut saisir la cohérence de la scène, ni le relief. Mais pour nous deux, équipés de lunettes à obturation synchrone (avec les projecteurs) et à double polarisation, la perception induite fait parfaitement sens, et la tridimensionnalité de la scène apparaît de manière objective et inter-objective…

Réalité Virtuelle immersive, dans la "cave" du LIMSI

Ce qui m’a valu le plaisir – et le vertige ! – de faire cette expérience en avant-première, c’est simplement que je me trouve être l’instigateur d’un projet de Réalité Virtuelle (RV) immersive, qui va tenter de reproduire l’espace-temps quadridimensionnel de la Relativité d’Einstein – notre monde, donc –, et de rendre accessible les divers effets relativistes (contraction des longueurs, dilatation des temps, propagation non instantanée de la lumière, relativité de la simultanéité, etc.), non plus par la pensée ou l’abstraction des équations, mais directement par les sens !

En RV, rien n’empêche de s’approcher de la vitesse de la lumière, et d’explorer le tissu spatio-temporel jusqu’à sa lisière.

En se laissant imprégner par les manifestations contre-intuitives de cette réalité qui est pourtant la nôtre, mais qu’aucune conscience humaine n’a encore pu appréhender sensiblement, faute d’avoir été confrontée à des vitesses relatives suffisantes, le cerveau sera peut-être capable de capter la cohérence sous-jacente qui est celle du monde quadri-dimensionnel (espace et temps), et de voir, pour la première fois, non plus à 2D – comme sur une image ou dans une perception du monde avec un œil fermé –, non plus à 3D – grâce à la vision binoculaire, merveille de l’évolution biologique –, mais… à 4D !

Le cerveau, toujours si prompt à ordonner les informations les plus diverses auxquelles il se trouve soumis – avec l’intelligence de milliards d’années de raffinement et de perfectionnement ! – saura-t-il percevoir que les effets relativistes associés aux changements de référentiel (aux vitesses relatives entre différents corps et observateurs) ne sont que la traduction tridimensionnelle de rotations effectuées en réalité dans l’espace-temps à quatre dimensions ? Acquerra-t-il l’intuition de cette réalité sous-jacente, à 4D, d’une manière inattendue pour la conscience ordinaire ?

Peut-être…

En attendant l’implémentation complète de ce projet qui ne fait que démarrer, et l’accroissement des qualités immersives des dispositifs de RV à venir, la petite équipe que nous formons avec les spécialistes de la RV du LIMSI et les chercheuses en didactique de la Physique du laboratoire André Revuz de l’Université Paris 7, entreprend de mettre l’outil en développement au service de la transmission des connaissances. Un de nos objectifs majeurs est de faciliter l’apprentissage de la théorie de la Relativité, en mettant en place des scénarios de Réalité Virtuelle relativiste (de « Relativité Virtuelle », si l’on veut) capables, grâce à l’expérimentation directe, de réduire les obstacles à la compréhension, identifiés également par notre équipe grâce à une analyse parallèle des nœuds conceptuels ou cognitifs associés à notre représentation intuitive ou spontanée du monde.

Ce vaste programme est loin d’être achevé : il commence à peine ! Cela fait en réalité 12 ou 13 ans que je le porte, plus ou moins secrètement, mais l’impulsion nécessaire à sa mise en œuvre effective a été donnée l’an dernier, lorsque le projet s’est vu attribuer un financement pour 3 ans par l’ANR (Agence Nationale pour la Recherche).

Aujourd’hui, après cette première visite de la « cave » qui vient juste d’être achevée, je saisis l’occasion d’en parler un peu sur ce blog.

Le projet, dans son ensemble, a pour nom « EVEILS » : Espaces Virtuels pour l’Éducation et l’ILlustration Scientifique.

Comme j’avais réservé le nom de domaine il y a des années ( 😉 ), j’ai pu rediriger le lien vers le site du projet ANR mis en place au LIMSI: http://www.eveils.fr/

Et maintenant, espérons que le projet prendra son envol… et nous aussi !

Réalité Virtuelle immersive, dans la "cave" du LIMSI

ET

Oh, le beau printemps de novembre !

Dans les jardins de la colline Santa Lucia, au cœur de Santiago du Chili, un oiseau léger comme la joie oublie sa blessure et sautille dans le parfum des roses et des arums.

La fontaine crépite comme un feu ruisselant de tendresse, limpide et claire au printemps de novembre.

C’est comme si la Nature prêtait sa voix à la colline entière, pour la rebaptiser en cette Sainte Lumière qui remplaça son ancien nom Mapuche – huelén : douleur, mélancolie, tristesse…

Un peu plus loin, au pied de la colline de San Critobal, la maison de Pablo Neruda résonne encore de la voie du poète et de ses amis universels :

« Confieso que he vivido ! »

Maison de Pablo Neruda à Santiago de Chile

ET

Castillo de Pinchera (Malargue, Argentine)

Jaillissant avec force des Andes argentines, la rivière Malargüe se dirige vers la ville éponyme, dans la province de Mendoza.

À l’occasion d’une courbe majesteuse où respire l’âme sûre du paysage andin, elle salue en passant les formations rocheuses qui se donnent parfois, offrant leurs contours escarpés à la chaude lumière, des allures de château éternel…

Nous sommes à Castillo de Pinchera. Le vent souffle en rafales, arrachant à l’onde fougueuse quelques embruns glacés avec lesquels jouent savamment de vives hirondelles.

La Nature est là. Toute.

La Vie en est la Voie.

ET

Honneur éternel aux martyrs de la liberté !

Minuit, le ciel est clair.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière ne veut pas tout à fait disparaître. Crépusculaire, incertaine, mais invincible. C’est le solstice d’été : l’inclinaison de la Terre vers le Soleil est à son maximum. Les jours d’hier et de demain seront les plus longs de l’année, et cette nuit est la plus courte. À peine escamoté sous l’horizon, éclipsé de justesse par le limbe terrestre, comme à l’affût, le Soleil blanchit encore le ciel en ces heures nocturnes. Est-ce une aube ? Est-ce un crépuscule ? Il y a le jour d’où l’on vient, le jour vers où l’on se dirige. Point de basculement de l’espace et du temps, charnière entre les heures sombres et le règne de la lumière.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies et l’Humanité est inconsolable. Il y a ceux qui ont vu, et il y a ceux qui n’ont pas vu. Ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’histoire. Ceux qui n’ont pas vu ces images de la jeunesse assassinée, de la liberté pacifique égorgée dans la rue, dans les bras de l’espoir ; ceux qui n’ont pas vu le courage, l’atroce courage aux mains de l’arbitraire ; et la force de croire ; ceux qui n’ont pas vu la noblesse infinie, la foi hautaine et souveraine, le chant profond du sacrifice qui est l’offrande universelle de la Vie à la Conscience ; ceux qui n’ont pas vu les fronts braves et les cœurs brûlants de cette humanité vibrante : la sainte dignité de l’être libre et responsable devant l’humanité entière ; oui, ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’Histoire !

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies, mais s’apprête à lutter encore. Non pas combattre, mais veiller. Veiller tout le jour, veiller la nuit entière. Veiller sur la justice, la vérité et la conscience humaine. Veiller pour être là, pour être ce regard, direct, sanctifié, devant la tragédie du monde. Simplement être là. Témoigner. Et tomber si c’est nécessaire.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, nous veillons avec tout un peuple, le cœur serré par la misère de l’humanité piétinée, réfutée par sa part d’ignorance mais toujours transcendée par son propre avenir, qui, poussant ses bourgeons comme une sève chaude au sortir de l’hiver, projette dans la nuit une floraison de lumière.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, il nous faut calmer en nous-mêmes la colère de l’impuissance. Cette colère est dérisoire, et c’est vers ce peuple qui lutte, c’est vers tous les peuples qui luttent, qui ont lutté et lutteront pour la justice que nous tournons notre âme émue, émerveillée, et nos yeux noyés de reconnaissance.

Nous sommes là, tous, avec vous, dans la ferveur de la liberté, concentrés vers votre avenir qui est notre avenir à tous.

Que se joignent à l’unisson tous les flots de cette marée que l’humanité porte en elle, et que monte sa vérité au temple de l’universel !

Ô âmes nobles, conjuguées, âmes vivantes et éternelles, l’ignorance qui vous balaye ne saura pas vous supplanter.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière va triompher !

Élection européenne… pour la vie !

Europe : Terre d’élection !

Non, non, pas une élection politique – quoique ce soit de saison…

Je parle d’Europe, la fameuse lune de Jupiter, qui pourrait bien être une terre d’élection pour la vie !

N’est-il pas beau, ce ventre rond gonflé d’espérances secrètes ?

Sous ces veines entralacées, brunes d’une substance à découvrir, qui sait si la vie ne s’est pas déployée ?

Car cela ne fait plus guère de doute : sous la surface gelée du satellite jovien (le quatrième par la taille), presque aussi volumineux que notre blonde Lune, se cache un vaste océan d’eau liquide.

Ces étonnantes craquelures, ces fines lignes enchevêtrées faisant alterner crêtes et vaux en un réseau superposé à faire rêver les urbanistes des plus grandes mégalopoles terriennes, demeurent largement mystérieuses. N’étaient leurs dimensions pharaoniques (le fragment ci-dessus couvre quelques centaines de kilomètres carrés), on pourrait presque y reconnaître l’image d’un tissu vivant observé au microscope, ou le flux désordonné de globules rouges entraînés au creux de quelque artère énigmatique.

Europe retient à sa surface une très fine atmosphère, et l’on a pu y mesurer quelques traces d’oxygène. Mais même en rassemblant tout cet oxygène sous un seul dome hémisphérique, il y aurait à peine de quoi couvrir quelques pâtés de maisons ! Et la lumière solaire, pourvoyeuse d’énergie pour la vie sur Terre, est extrêmement ténue sur Europe, le Soleil en étant 5 fois plus éloigné que de la Terre…

C’est plutôt l’océan vibrant sous la glace, comme au sein d’un ventre tendu, qui suscite l’espoir et l’intérêt des exobiologistes. Les estimations montrent qu’il contient plus d’eau que l’ensemble des océans de la Terre ! S’il peut se maintenir à l’état liquide, si loin du Soleil, c’est qu’il y a des sources de chaleur internes. Une telle source pourrait être la radioactivité, comme au cœur de la Terre. Mais à tout le moins, il y a la friction occasionnée par les forces de marées exercées sur Europe par Jupiter – friction qui devrait produire un échauffement suffisant.

De l’eau, de la chaleur… et quelques germes de vie venus de l’espace ?
Cela pourrait être suffisant pour développer et entretenir certaines formes de vie.

Je me suis souvent interrogé sur les raisons de la prudence dévote du discours scientifique en la matière. Chacun reconnaît que la présence de formes de vie primitives dans des environnements de ce type est possible – et même suffisamment crédible pour nourrir des recherches de plus en plus approfondies –, mais tout se passe comme si l’éventualité d’une vie intelligente n’était jamais envisagée. Pourquoi ?

À partir du moment où il y a de la vie, et où les conditions permettent son maintien et donc son développement pendant des centaines de millions d’années, voire des milliards d’années, pourquoi ne serait-il pas envisageable qu’un écosystème local soit autre chose que « rudimentaire » ou « primitif » et que cet écosystème ait fait émerger des processus cognitifs plus complexes que ceux mis en œuvre à l’échelle bactérienne ?

Je parle de conditions permettant le maintien de la vie, et donc son développement, car c’est une des caractéristiques de la vie de se maintenir en évoluant. Dans un environnement où les conditions physico-chimiques se modifient sans cesse, sur des échelles de temps diverses, il n’y a pas de survie possible sans évolution, sans adaptation, et même sans évolution des capacités d’adaptation. Si l’on peut admettre la possibilité d’une vie sur Europe ou ailleurs, il ne me semble pas qu’on puisse rejeter celle d’une vie intelligente et, partant, pourquoi pas, de sociétés entières !

C’est étonnant comme le rêve et l’incertitude peuvent faire peur. Une extrapolation n’est certes qu’une extrapolation, mais si l’on sait qu’on extrapole, quel danger peut-il y avoir à le faire ?

« Qui sait ? » semble être une question difficile à assumer, peut-être parce qu’elle implique l’aveu d’un « je ne sais pas »…

Il me semble qu’une conséquence désastreuse du développement scientifique au cours des derniers siècles a été ce qu’on pourrait appeler « la répudiation du mystère ». On s’est d’abord convaincu qu’on savait tout, ou qu’on pourrait tout savoir si on s’en donnait le temps et la peine, et puis, lorsqu’on a découvert qu’on ne savait pratiquement rien, car les fondements mêmes de notre langage à propos du monde (ceux de la physique classique et des mathématiques) se sont trouvés pris en défaut de manière radicale, il y a environ un siècle, on s’est pratiquement interdit de parler, et finalement de penser toute réalité mystérieuse.

Mais je m’éloigne d’Europe et de sa matrice enluminée…

Un jour, lorsque le Soleil en fin de vie grossira jusqu’à englober le rayon terrestre, la chaleur accrue fera fondre les glaces d’Europe, libérant l’océan et peut-être, si elle a pu se développer et se maintenir, une forme de vie inconnue !
Mais ce ne devrait pas être avant… quelques milliards d’années !

En attendant… c’est beau la Terre ! (cf. post précédent 😉 )

Et tous ceux qui sont fascinés par les promesses de vie exoplanétaires, combien ne devraient-il pas l’être davantage par la splendeur explicite de la vie terrestre, à la réalité indubitable, riche et accueillante, inventive et harmonieuse, resplendissante et joyeuse, hymne pur à la beauté et source d’émerveillement permanent !

ET

PS: un oeil… sur orbite ?

Cosmologie, Second Life, Planck, Astroparticule : quel rapport ?

C’est simple : le 14 mai (euh… c’est demain !), la laboratoire APC (Astroparticule et Cosmologie) inaugure dans Second Life la Maison de l’Astroparticule, et organise – avec le concours inestimable des esthètes technophilosophes d’i-marginal et de leur architecte en chef, Tatiana Salomon – un événement de mixed-reality pour le lancement du satellite Planck, le bijou de la communauté scientifique (et d’Arianespace) au service de la cosmologie !

Comme je ne suis pas tout à fait étranger à cet événement et à la présence du laboratoire APC sur Second Life, je me permets de vous transmettre l’information, et bien sûr de vous inviter à assister à ce lancement en direct, soit directement à l’APC, soit – c’est bien plus pratique ! – dans Second Life… (à partir de 14h30 – lancement prévu vers 15h15).

Qu’est-ce que Second Life ? Oh ! Voyons ! Les lecteurs de ce blog connaissent tous Second Life ! Hmm… au cas où, voyez tout de même ici…

La Maison de l’Astroparticule permettra aux visiteurs de découvrir des expériences scientifiques, de rencontrer et de dialoguer avec des chercheurs (faites-moi signe : je vous y retrouverai volontiers), d’assister à des conférences et à des événements divers ou encore d’accéder à diverses ressources multimédias liées à ce domaine de recherche charnière entre l’Astrophysique, la Cosmologie et la Physique de particules.

Quant au satellite Planck, si vous voulez en savoir plus à son sujet, venez jeter un coup d’œil à sa réplique virtuelle dans Second Life (au même endroit !), et si vous le pouvez, assistez à l’inauguration ce 14 mai : je ferai une présentation rapide du contexte scientifique, avec quelques informations sur la cosmologie et l’évolution de notre univers, et nous répondrons « in-world » à vos questions avec quelques collègues cosmologues ayant travaillé sur l’instrument Planck lui-même. Les autres sont déjà à Kourou, en Guyane, pour assister au lancement d’Ariane 5, emportant le satellite Planck et le satellite Herschell jusqu’au « point de Lagrange L2 », à 1,5 millions de kilomètres de la Terre !

Mais en deux mots, disons que Planck observera les tout premiers photons de l’univers à s’être propagé librement à travers l’espace… sur quelque 13.7 milliards d’années-lumières ! Planck verra ainsi l’univers quand il était jeune, c’est-à-dire… quand il était simple !

Émis à peine 400 000 ans après l’instant critique (vu d’ici !) marquant la « naissance de l’Univers » (souvenez-vous, le fameux Big bang…), ces photons ont voyagé sans encombre depuis 13.7 milliards d’années, traversant tout l’univers observable, pour finir… sur le miroir du satellite Planck, qui analysera leur distribution en énergie et les infimes variations de leur température entre les différents points du ciel.

Ils ont été émis à une température proche de 3000 degrés, mais l’expansion de l’univers depuis cette période reculée les a refroidis à la température de 2.7 degrés absolus (-270 degrés Celsius).

À l’époque, la matière se présentait sous forme de plasma, c’est-à-dire de matière ionisée, faisant obstacle à la propagation rectiligne de la lumière, à la manière d’un brouillard. Il y avait des photons partout, beaucoup de photons, mais paradoxalement l’univers était opaque, parce que les photons ne cessaient d’interagir avec les électrons libres, présents en grand nombre dans chaque cm3 de l’univers. À chaque interaction, les photons changaient de sens presque aléatoirement, comme le fait la lumière dans un brouillard, et il était impossible de « voir » quoi que ce soit d’autre que ce bain de photons lui-même, identique en tout lieu et dans toutes les directions : un brouillard plasmique impossible à percer, fournissant en chaque point une image parfaitement uniforme !

Et puis, sur une période de temps très brève, l’expansion de l’univers ayant refroidi la matière cosmique, le plasma a cessé d’être un plasma : les électrons se sont combinés avec les noyaux d’atomes, et la matière est devenue électriquement neutre. Les photons ont alors presque instantanément cessé d’interagir avec la matière, et depuis lors ils ne cessent de poursuivre leur route, « droit devant »… jusqu’à nous, jusqu’à partout. C’est cela, le « rayonnement fossile ». Ce sont ces photons, les derniers à avoir diffusé sur de la matière ionisée (le plasma primordial), que Planck va observer avec plus d’acuité que tout instrument auparavant, mesurant à la fois leur température et leur polarisation.

J’ai mentionné que l’image sortant du brouillard initial était parfaitement uniforme, mais, on le sait, rien n’est vraiment parfait en ce monde, et les imperfections sont justement ce que cherche à observer le satellite Planck avec une précision sans précédent. Ces imperfections, ce sont d’infimes variations de température entre différents points de l’univers. En mesurer la structure, c’est accéder à des informations très précieuses sur le contenu et la dynamique de l’univers lui-même, y compris dans ses phases primordiales (avez-vous entendu parler de l’inflation cosmique ?).

D’où viennent ces variations de température ? D’infimes variations de densité du plasma originel, elles-mêmes associées aux variations de densité de cette fameuse « matière noire », dont la nature demeure inconnue. Et si ces variations de densité sont si intéressantes, c’est en particulier parce qu’elles sont véritablement les graines des galaxies aujourd’hui présentes dans l’univers – à commencer par la nôtre, la Voie Lactée !

L’univers était homogène à l’époque de l’émission de ce rayonnement fossible, il ne l’est manifestement plus : il y a des galaxies, des amas de galaxies, et entre eux… pratiquement rien ! Il y a des planètes, et entre elles… pratiquement rien ! Idem pour les étoiles. Ces concentrations de matière, c’est la gravitation – l’attraction de la matière pour la matière – qui les engendre. Mais si nous tombons vers le centre de la Terre, au lieu de nous élever vers le ciel, c’est parce qu’il y a plus de matière de ce côté-là que de ce côté-ci ! S’il y en avait autant dans toutes les directions, si l’univers était vraiment homogène, on ne saurait vers où tomber !

Alors voilà, c’est parce que l’univers n’était pas parfaitement homogène, parce qu’il y avait malgré tout de légères surdensités ici et là que la matière environnante à préféré tomber d’un côté plutôt que de l’autre, provoquant une surdensité un peu plus grande, attirant un peu plus de matière de manière privilégiée, et ainsi de suite, jusqu’à ce se forment les structures observées dans l’univers d’aujourd’hui.

Bon, il y aurait bien plus à dire, car ce n’est pas pour le seul plaisir de retracer à grands traits l’histoire de l’univers que les cosmologues fournissent autant d’efforts. C’est aussi pour révéler certaines propriétés de la structure générale de l’univers et de son contenu matériel, énergétique et, si l’on peut dire, géométrique. Mais inutile d’entre dans les détails. Gardons simplement en mémoire, au moment où le lanceur Ariane 5 décollera de la base de Kourou, emportant les instruments de précision de Planck vers les cieux qui les attendent, que ce satellite enrichira considérablement notre connaissance de l’univers physique et matériel.

Mais pour l’instant, croisons les doigts pour le lancement, et donnons-nous rendez-vous dans quelques mois et quelques années pour la moisson de résultats scientifiques espérés.

Même sur Orion, on attend cela avec intérêt. Car cette prime image universelle que Planck rendra merveilleusement nette, c’est essentiellement la même que celle qui serait prise d’Orion, ou de n’importe quel point de l’univers ! C’est l’univers achevant sa propre gestation, l’univers au sortir de lui-même, passant soudain de l’opacité à la transparence, laissant filer enfin sa lumière dans l’espace, et se répandre pour l’éternité l’information qu’on en saura tirer…

Remontant ainsi dans le passé de l’univers, nous faisons taire en quelque sorte le bruit des variations de densité suramplifié par des milliards d’années de résonnance, et prêtant une oreille attentive au murmure à peine perceptible des fluctuations initiales, nous parvenons à l’essence du message, dans la modulation subtile des fréquences et des énergies.

Est-il vraiment étonnant que nos esprits encombrés de complexités inutiles cherchent à se projeter ainsi dans la simplicité originelle ?

Salut à tous les amis à Kourou, et bonne chance pour le lancement !

ET