Féérie de la lumière à Tokyo

Soir de grâce à Tokyo midtown…

Dans le calme discret d’une soirée nippone,
Où tout respire entre le monde et son mystère
Glissant dans un frisson léger de fin d’automne
Dans l’ombre éclot un songe enchanté de lumière

Déjà des pas légers aux furtives allures
Complices ou curieux se joignent tendrement

L’âme s’égaie les cœurs se fondent en murmures
La vie fait rayonner ses prunelles d’enfants

Comme on connaît ces feux où Noël se projette
On croit pouvoir prêter ses rires à la fête

Mais soudain suspendue dans l’écho du silence
La lumière animée téléporte le monde en un espace de beauté fragile, secrète, indestructible

Comme une mémoire assourdie, retrouvant le chant de son rêve
Comme l’assaut troublant d’un monde intime où la réalité se régénère

Comme l’horizon se révèle, au lieu même où il se transgresse
Où tout bascule, en son mystère…

Soudain, la nuit n’est plus
Que l’accomplissement de l’être

Dans l’entrebâillement du monde (Et dans l’embrasure du monde)
Nous voici témoin, enfantant, du mouvement de l’aube à naître…

Déjà enfin
À présent

Que la lumière soit…
Et l’insondable fut !
Impénétrable
Caché dans la beauté du monde,
L’immense Impossible apparut,
Indéfectible

Et nous connut

Écrivons-nous encore des manuscrits ?

Ah ah ah ! Je viens de réaliser une chose évidente !

On parle toujours de « remettre un manuscrit » à un éditeur, de « lire un manuscrit », etc.

Mais c’est un abus de langage, le vestige linguistique d’un passé révolu. Car de nos jours de tels textes ne sont plus guère écrits à la main — manu-scrits –, mais édités à l’aide d’un ordinateur et imprimés en caractères bien réguliers, laser ou jet d’encre, sur du papier massicoté à la chaîne, débité par ramettes entières…

C’est là une réflexion parfaitement banale, et rassurez-vous, ce n’est pas cela, ma découverte du jour…
Non, ce que je viens juste de réaliser, c’est que ces « manuscrits » modernes ne sont pas moins manuscrits que les anciens !
Certes, l’on écrivait jadis « à la main ». Mais a-t-on jamais vu la main écrire toute seule ? L’encre couler de l’index pour se répandre sur la page ?
La main qui écrit n’a-t-elle pas toujours eu besoin de l’intermédiaire d’une plume, d’un stylo ?

Aujourd’hui, c’est un clavier d’ordinateur, mais c’est bien le mouvement de la main et des doigts qui provoque l’enfoncement des touches, n’est-ce pas ?

Ainsi, dorénavant, et jusqu’à la mise au point d’un système de reconnaissance vocale et d’écriture automatique « sous la dictée », je continuerai à employer le mot « manuscrit » ! Comme avant, donc, mais avec l’esprit à présent libéré de ce sentiment incommodant, léger, certes, mais persistant, de l’incorrection linguistique… 😉

Non mais !

Cela dit, il y a écrire des manuscrits et écrire des manuscrits ! Jugez plutôt… :

Oh, le beau printemps de novembre !

Dans les jardins de la colline Santa Lucia, au cœur de Santiago du Chili, un oiseau léger comme la joie oublie sa blessure et sautille dans le parfum des roses et des arums.

La fontaine crépite comme un feu ruisselant de tendresse, limpide et claire au printemps de novembre.

C’est comme si la Nature prêtait sa voix à la colline entière, pour la rebaptiser en cette Sainte Lumière qui remplaça son ancien nom Mapuche – huelén : douleur, mélancolie, tristesse…

Un peu plus loin, au pied de la colline de San Critobal, la maison de Pablo Neruda résonne encore de la voie du poète et de ses amis universels :

« Confieso que he vivido ! »

Maison de Pablo Neruda à Santiago de Chile

ET