Des cursus à suivre ? Non, des parcours à inventer !

Un article a été mis en ligne aujourd’hui sur le site Slate.fr, intitulé « Plaidoyer pour l’année sabbatique des étudiants », avec l’accroche suivante : « Faire une pause dans la course aux diplômes est formateur. Cela permet de voir le monde au-delà du tableau noir. »
J’ai trouvé cet article intéressant, et propre à susciter des réflexions utiles dans le monde de l’éducation. J’en ai donc recommandé la lecture à mes étudiants sur mon blog d’enseignement, mais au cas où cela intéresse aussi les lecteurs d’ET d’Orion, je reproduis ici quelques commentaires… 😉

Bien sûr, ce n’est pas un encouragement à ne pas étudier, encore moins à ne rien faire ;-). Bien au contraire ! C’est parce que les études sont précieuses qu’il faut les aborder positivement, mûrement, dans la sérénité et avec le recul nécessaire. Or ce recul peut passer (doit passer ?) par la confrontation avec un monde plus vaste que l’environnement scolaire ordinaire, plus ou moins automatique et conditionné, qui, si on n’y prend garde, finirait par aliéner au lieu d’émanciper — ce qui serait un comble !

C’est particulièrement vrai à l’université : pour être véritablement « universitaire », la vie étudiante ne peut être vécue repliée sur elle-même, limitée à un programme d’étude préétabli et circonscrit, confinée aux informations transmises entre quatre murs (euh, plutôt six, en fait, si l’on compte le plafond et le plancher 😉 ), par des « opérateurs du savoir » eux-mêmes « abstraits » du monde auquel ils sont censés ouvrir… en s’y ouvrant eux-mêmes.

C’est parce que le monde est fluide, mouvant, dynamique, en perpétuelle évolution, que les études doivent l’être aussi. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut papillonner sans cesse, aller de ci de là, au gré de nos désirs éphémères, ne faire que ce qui nous plaît quand ça nous plaît, dans l’illusion d’une liberté qui ne serait alors que la tyrannie de l’envie et de la facilité. Faire des études, c’est exigeant : cela demande du temps, des efforts, de la persévérance. C’est capital, mais justement parce que c’est capital, il faut savoir ce que l’on fait, pourquoi on le fait, et ne pas oublier que le monde est vaste et que c’est pour se donner les moyens d’y participer pleinement et heureusement, dans la singularité et la diversité de nos aptitudes et de nos aspirations propres, que nous faisons des études – et que nous continuerons à en faire tout au long de notre vie.

Nul besoin, d’ailleurs, de faire le tour du monde pour « voir du pays », s’ouvrir l’esprit, explorer des voies nouvelles, arpenter des chemins peu familiers, rencontrer le monde, la vie, des êtres et des pensées enrichissantes… Si la perspective est dynamique, l’Université – y compris l’Université physique, faite de briques, de tableaux blancs, d’enseignants et d’étudiants – peut-être un environnement d’une grande richesse, accueillant en son sein une diversité souvent inexploitée. Et pour qui sait tirer parti de l’ouverture extraordinaire qui accompagne le développement des technologies de l’information et de la communication, le monde, ici-et-maintenant, et pratiquement quelles que soient nos activités quotidiennes, est essentiellement sans limites.

Il n’y a plus de cursus. Il y a des univers entiers à découvrir, des mondes à investir, des connaissances et des savoir-faire à embrasser, toute une symphonie de parcours singuliers à suivre ou plutôt à créer, à construire en se construisant soi-même…

Les seules limites sont nos limites. Saurons-nous les atteindre… et les dépasser ?

Honneur éternel aux martyrs de la liberté !

Minuit, le ciel est clair.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière ne veut pas tout à fait disparaître. Crépusculaire, incertaine, mais invincible. C’est le solstice d’été : l’inclinaison de la Terre vers le Soleil est à son maximum. Les jours d’hier et de demain seront les plus longs de l’année, et cette nuit est la plus courte. À peine escamoté sous l’horizon, éclipsé de justesse par le limbe terrestre, comme à l’affût, le Soleil blanchit encore le ciel en ces heures nocturnes. Est-ce une aube ? Est-ce un crépuscule ? Il y a le jour d’où l’on vient, le jour vers où l’on se dirige. Point de basculement de l’espace et du temps, charnière entre les heures sombres et le règne de la lumière.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies et l’Humanité est inconsolable. Il y a ceux qui ont vu, et il y a ceux qui n’ont pas vu. Ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’histoire. Ceux qui n’ont pas vu ces images de la jeunesse assassinée, de la liberté pacifique égorgée dans la rue, dans les bras de l’espoir ; ceux qui n’ont pas vu le courage, l’atroce courage aux mains de l’arbitraire ; et la force de croire ; ceux qui n’ont pas vu la noblesse infinie, la foi hautaine et souveraine, le chant profond du sacrifice qui est l’offrande universelle de la Vie à la Conscience ; ceux qui n’ont pas vu les fronts braves et les cœurs brûlants de cette humanité vibrante : la sainte dignité de l’être libre et responsable devant l’humanité entière ; oui, ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’Histoire !

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies, mais s’apprête à lutter encore. Non pas combattre, mais veiller. Veiller tout le jour, veiller la nuit entière. Veiller sur la justice, la vérité et la conscience humaine. Veiller pour être là, pour être ce regard, direct, sanctifié, devant la tragédie du monde. Simplement être là. Témoigner. Et tomber si c’est nécessaire.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, nous veillons avec tout un peuple, le cœur serré par la misère de l’humanité piétinée, réfutée par sa part d’ignorance mais toujours transcendée par son propre avenir, qui, poussant ses bourgeons comme une sève chaude au sortir de l’hiver, projette dans la nuit une floraison de lumière.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, il nous faut calmer en nous-mêmes la colère de l’impuissance. Cette colère est dérisoire, et c’est vers ce peuple qui lutte, c’est vers tous les peuples qui luttent, qui ont lutté et lutteront pour la justice que nous tournons notre âme émue, émerveillée, et nos yeux noyés de reconnaissance.

Nous sommes là, tous, avec vous, dans la ferveur de la liberté, concentrés vers votre avenir qui est notre avenir à tous.

Que se joignent à l’unisson tous les flots de cette marée que l’humanité porte en elle, et que monte sa vérité au temple de l’universel !

Ô âmes nobles, conjuguées, âmes vivantes et éternelles, l’ignorance qui vous balaye ne saura pas vous supplanter.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière va triompher !

Élection européenne… pour la vie !

Europe : Terre d’élection !

Non, non, pas une élection politique – quoique ce soit de saison…

Je parle d’Europe, la fameuse lune de Jupiter, qui pourrait bien être une terre d’élection pour la vie !

N’est-il pas beau, ce ventre rond gonflé d’espérances secrètes ?

Sous ces veines entralacées, brunes d’une substance à découvrir, qui sait si la vie ne s’est pas déployée ?

Car cela ne fait plus guère de doute : sous la surface gelée du satellite jovien (le quatrième par la taille), presque aussi volumineux que notre blonde Lune, se cache un vaste océan d’eau liquide.

Ces étonnantes craquelures, ces fines lignes enchevêtrées faisant alterner crêtes et vaux en un réseau superposé à faire rêver les urbanistes des plus grandes mégalopoles terriennes, demeurent largement mystérieuses. N’étaient leurs dimensions pharaoniques (le fragment ci-dessus couvre quelques centaines de kilomètres carrés), on pourrait presque y reconnaître l’image d’un tissu vivant observé au microscope, ou le flux désordonné de globules rouges entraînés au creux de quelque artère énigmatique.

Europe retient à sa surface une très fine atmosphère, et l’on a pu y mesurer quelques traces d’oxygène. Mais même en rassemblant tout cet oxygène sous un seul dome hémisphérique, il y aurait à peine de quoi couvrir quelques pâtés de maisons ! Et la lumière solaire, pourvoyeuse d’énergie pour la vie sur Terre, est extrêmement ténue sur Europe, le Soleil en étant 5 fois plus éloigné que de la Terre…

C’est plutôt l’océan vibrant sous la glace, comme au sein d’un ventre tendu, qui suscite l’espoir et l’intérêt des exobiologistes. Les estimations montrent qu’il contient plus d’eau que l’ensemble des océans de la Terre ! S’il peut se maintenir à l’état liquide, si loin du Soleil, c’est qu’il y a des sources de chaleur internes. Une telle source pourrait être la radioactivité, comme au cœur de la Terre. Mais à tout le moins, il y a la friction occasionnée par les forces de marées exercées sur Europe par Jupiter – friction qui devrait produire un échauffement suffisant.

De l’eau, de la chaleur… et quelques germes de vie venus de l’espace ?
Cela pourrait être suffisant pour développer et entretenir certaines formes de vie.

Je me suis souvent interrogé sur les raisons de la prudence dévote du discours scientifique en la matière. Chacun reconnaît que la présence de formes de vie primitives dans des environnements de ce type est possible – et même suffisamment crédible pour nourrir des recherches de plus en plus approfondies –, mais tout se passe comme si l’éventualité d’une vie intelligente n’était jamais envisagée. Pourquoi ?

À partir du moment où il y a de la vie, et où les conditions permettent son maintien et donc son développement pendant des centaines de millions d’années, voire des milliards d’années, pourquoi ne serait-il pas envisageable qu’un écosystème local soit autre chose que « rudimentaire » ou « primitif » et que cet écosystème ait fait émerger des processus cognitifs plus complexes que ceux mis en œuvre à l’échelle bactérienne ?

Je parle de conditions permettant le maintien de la vie, et donc son développement, car c’est une des caractéristiques de la vie de se maintenir en évoluant. Dans un environnement où les conditions physico-chimiques se modifient sans cesse, sur des échelles de temps diverses, il n’y a pas de survie possible sans évolution, sans adaptation, et même sans évolution des capacités d’adaptation. Si l’on peut admettre la possibilité d’une vie sur Europe ou ailleurs, il ne me semble pas qu’on puisse rejeter celle d’une vie intelligente et, partant, pourquoi pas, de sociétés entières !

C’est étonnant comme le rêve et l’incertitude peuvent faire peur. Une extrapolation n’est certes qu’une extrapolation, mais si l’on sait qu’on extrapole, quel danger peut-il y avoir à le faire ?

« Qui sait ? » semble être une question difficile à assumer, peut-être parce qu’elle implique l’aveu d’un « je ne sais pas »…

Il me semble qu’une conséquence désastreuse du développement scientifique au cours des derniers siècles a été ce qu’on pourrait appeler « la répudiation du mystère ». On s’est d’abord convaincu qu’on savait tout, ou qu’on pourrait tout savoir si on s’en donnait le temps et la peine, et puis, lorsqu’on a découvert qu’on ne savait pratiquement rien, car les fondements mêmes de notre langage à propos du monde (ceux de la physique classique et des mathématiques) se sont trouvés pris en défaut de manière radicale, il y a environ un siècle, on s’est pratiquement interdit de parler, et finalement de penser toute réalité mystérieuse.

Mais je m’éloigne d’Europe et de sa matrice enluminée…

Un jour, lorsque le Soleil en fin de vie grossira jusqu’à englober le rayon terrestre, la chaleur accrue fera fondre les glaces d’Europe, libérant l’océan et peut-être, si elle a pu se développer et se maintenir, une forme de vie inconnue !
Mais ce ne devrait pas être avant… quelques milliards d’années !

En attendant… c’est beau la Terre ! (cf. post précédent 😉 )

Et tous ceux qui sont fascinés par les promesses de vie exoplanétaires, combien ne devraient-il pas l’être davantage par la splendeur explicite de la vie terrestre, à la réalité indubitable, riche et accueillante, inventive et harmonieuse, resplendissante et joyeuse, hymne pur à la beauté et source d’émerveillement permanent !

ET

PS: un oeil… sur orbite ?

Cosmologie, Second Life, Planck, Astroparticule : quel rapport ?

C’est simple : le 14 mai (euh… c’est demain !), la laboratoire APC (Astroparticule et Cosmologie) inaugure dans Second Life la Maison de l’Astroparticule, et organise – avec le concours inestimable des esthètes technophilosophes d’i-marginal et de leur architecte en chef, Tatiana Salomon – un événement de mixed-reality pour le lancement du satellite Planck, le bijou de la communauté scientifique (et d’Arianespace) au service de la cosmologie !

Comme je ne suis pas tout à fait étranger à cet événement et à la présence du laboratoire APC sur Second Life, je me permets de vous transmettre l’information, et bien sûr de vous inviter à assister à ce lancement en direct, soit directement à l’APC, soit – c’est bien plus pratique ! – dans Second Life… (à partir de 14h30 – lancement prévu vers 15h15).

Qu’est-ce que Second Life ? Oh ! Voyons ! Les lecteurs de ce blog connaissent tous Second Life ! Hmm… au cas où, voyez tout de même ici…

La Maison de l’Astroparticule permettra aux visiteurs de découvrir des expériences scientifiques, de rencontrer et de dialoguer avec des chercheurs (faites-moi signe : je vous y retrouverai volontiers), d’assister à des conférences et à des événements divers ou encore d’accéder à diverses ressources multimédias liées à ce domaine de recherche charnière entre l’Astrophysique, la Cosmologie et la Physique de particules.

Quant au satellite Planck, si vous voulez en savoir plus à son sujet, venez jeter un coup d’œil à sa réplique virtuelle dans Second Life (au même endroit !), et si vous le pouvez, assistez à l’inauguration ce 14 mai : je ferai une présentation rapide du contexte scientifique, avec quelques informations sur la cosmologie et l’évolution de notre univers, et nous répondrons « in-world » à vos questions avec quelques collègues cosmologues ayant travaillé sur l’instrument Planck lui-même. Les autres sont déjà à Kourou, en Guyane, pour assister au lancement d’Ariane 5, emportant le satellite Planck et le satellite Herschell jusqu’au « point de Lagrange L2 », à 1,5 millions de kilomètres de la Terre !

Mais en deux mots, disons que Planck observera les tout premiers photons de l’univers à s’être propagé librement à travers l’espace… sur quelque 13.7 milliards d’années-lumières ! Planck verra ainsi l’univers quand il était jeune, c’est-à-dire… quand il était simple !

Émis à peine 400 000 ans après l’instant critique (vu d’ici !) marquant la « naissance de l’Univers » (souvenez-vous, le fameux Big bang…), ces photons ont voyagé sans encombre depuis 13.7 milliards d’années, traversant tout l’univers observable, pour finir… sur le miroir du satellite Planck, qui analysera leur distribution en énergie et les infimes variations de leur température entre les différents points du ciel.

Ils ont été émis à une température proche de 3000 degrés, mais l’expansion de l’univers depuis cette période reculée les a refroidis à la température de 2.7 degrés absolus (-270 degrés Celsius).

À l’époque, la matière se présentait sous forme de plasma, c’est-à-dire de matière ionisée, faisant obstacle à la propagation rectiligne de la lumière, à la manière d’un brouillard. Il y avait des photons partout, beaucoup de photons, mais paradoxalement l’univers était opaque, parce que les photons ne cessaient d’interagir avec les électrons libres, présents en grand nombre dans chaque cm3 de l’univers. À chaque interaction, les photons changaient de sens presque aléatoirement, comme le fait la lumière dans un brouillard, et il était impossible de « voir » quoi que ce soit d’autre que ce bain de photons lui-même, identique en tout lieu et dans toutes les directions : un brouillard plasmique impossible à percer, fournissant en chaque point une image parfaitement uniforme !

Et puis, sur une période de temps très brève, l’expansion de l’univers ayant refroidi la matière cosmique, le plasma a cessé d’être un plasma : les électrons se sont combinés avec les noyaux d’atomes, et la matière est devenue électriquement neutre. Les photons ont alors presque instantanément cessé d’interagir avec la matière, et depuis lors ils ne cessent de poursuivre leur route, « droit devant »… jusqu’à nous, jusqu’à partout. C’est cela, le « rayonnement fossile ». Ce sont ces photons, les derniers à avoir diffusé sur de la matière ionisée (le plasma primordial), que Planck va observer avec plus d’acuité que tout instrument auparavant, mesurant à la fois leur température et leur polarisation.

J’ai mentionné que l’image sortant du brouillard initial était parfaitement uniforme, mais, on le sait, rien n’est vraiment parfait en ce monde, et les imperfections sont justement ce que cherche à observer le satellite Planck avec une précision sans précédent. Ces imperfections, ce sont d’infimes variations de température entre différents points de l’univers. En mesurer la structure, c’est accéder à des informations très précieuses sur le contenu et la dynamique de l’univers lui-même, y compris dans ses phases primordiales (avez-vous entendu parler de l’inflation cosmique ?).

D’où viennent ces variations de température ? D’infimes variations de densité du plasma originel, elles-mêmes associées aux variations de densité de cette fameuse « matière noire », dont la nature demeure inconnue. Et si ces variations de densité sont si intéressantes, c’est en particulier parce qu’elles sont véritablement les graines des galaxies aujourd’hui présentes dans l’univers – à commencer par la nôtre, la Voie Lactée !

L’univers était homogène à l’époque de l’émission de ce rayonnement fossible, il ne l’est manifestement plus : il y a des galaxies, des amas de galaxies, et entre eux… pratiquement rien ! Il y a des planètes, et entre elles… pratiquement rien ! Idem pour les étoiles. Ces concentrations de matière, c’est la gravitation – l’attraction de la matière pour la matière – qui les engendre. Mais si nous tombons vers le centre de la Terre, au lieu de nous élever vers le ciel, c’est parce qu’il y a plus de matière de ce côté-là que de ce côté-ci ! S’il y en avait autant dans toutes les directions, si l’univers était vraiment homogène, on ne saurait vers où tomber !

Alors voilà, c’est parce que l’univers n’était pas parfaitement homogène, parce qu’il y avait malgré tout de légères surdensités ici et là que la matière environnante à préféré tomber d’un côté plutôt que de l’autre, provoquant une surdensité un peu plus grande, attirant un peu plus de matière de manière privilégiée, et ainsi de suite, jusqu’à ce se forment les structures observées dans l’univers d’aujourd’hui.

Bon, il y aurait bien plus à dire, car ce n’est pas pour le seul plaisir de retracer à grands traits l’histoire de l’univers que les cosmologues fournissent autant d’efforts. C’est aussi pour révéler certaines propriétés de la structure générale de l’univers et de son contenu matériel, énergétique et, si l’on peut dire, géométrique. Mais inutile d’entre dans les détails. Gardons simplement en mémoire, au moment où le lanceur Ariane 5 décollera de la base de Kourou, emportant les instruments de précision de Planck vers les cieux qui les attendent, que ce satellite enrichira considérablement notre connaissance de l’univers physique et matériel.

Mais pour l’instant, croisons les doigts pour le lancement, et donnons-nous rendez-vous dans quelques mois et quelques années pour la moisson de résultats scientifiques espérés.

Même sur Orion, on attend cela avec intérêt. Car cette prime image universelle que Planck rendra merveilleusement nette, c’est essentiellement la même que celle qui serait prise d’Orion, ou de n’importe quel point de l’univers ! C’est l’univers achevant sa propre gestation, l’univers au sortir de lui-même, passant soudain de l’opacité à la transparence, laissant filer enfin sa lumière dans l’espace, et se répandre pour l’éternité l’information qu’on en saura tirer…

Remontant ainsi dans le passé de l’univers, nous faisons taire en quelque sorte le bruit des variations de densité suramplifié par des milliards d’années de résonnance, et prêtant une oreille attentive au murmure à peine perceptible des fluctuations initiales, nous parvenons à l’essence du message, dans la modulation subtile des fréquences et des énergies.

Est-il vraiment étonnant que nos esprits encombrés de complexités inutiles cherchent à se projeter ainsi dans la simplicité originelle ?

Salut à tous les amis à Kourou, et bonne chance pour le lancement !

ET

Quand la Terre nous invite à la Paix

En écho au post précédent, je suis tombé (ici) sur cette merveille :

avec la légende suivante : « Cette année, les pluies qui se sont abattues au printemps sur la province de Jawzjan, dans le nord de l’Afghanistan, à l’ouest de la grande ville de Mazar-e Charif, ont permis la floraison de millions de coquelicots et autres fleurs sauvages à la frontière avec le Turkménistan. Une manne d’une beauté à couper le souffle qui prédit aux agriculteurs des vallées une belle récolte. À l’image de ce paysan qui inspecte lentement ses champs. Un îlot de paix aussi puisque la province de Jawzjan n’est pas l’un des terrains habituels de l’insurrection menée par les talibans, chassés du pouvoir à la fin 2001, qui est active essentiellement dans l’est et dans le sud du pays. (Zabi/Xinhua/Xinhua Press/Corbis) »

Voilà.

Tandis que nous nous battons dans la violence la plus extrême pour déterminer qui jouira sans entrave des fruits dérisoires de la domination de l’homme sur l’homme (et souvent hélas, surtout dans ce contexte, de l’homme sur la femme !), tandis que nous conspirons sans cesse contre nous-mêmes pour fuir la connaissance et imposer la division au cœur même de l’humanité, niant ainsi ce qui en constitue l’essence même, tandis que nous nous enfermons dans les tranchées profondes de l’ignorance et de la malveillance, dans la vallée d’à côté, la Terre nous fait don de sa grâce et de sa légèreté, offrant une fois de plus à nos cœurs une leçon de bonté, de splendeur et d’harmonie.

Saurons-nous l’entendre ? Et répondre !

Merci la Terre, merci pour la beauté !

ET

Bonne fête, la Terre !

Ce blog évoque de temps à autre quelques merveilles de l’univers, et la perspective d’Orion n’est jamais très éloignée de ces pages, mais en ce 22 avril, « jour de la Terre », je tenais à rendre un hommage plein de gratitude à la plus belle de toutes les merveilles : la Terre !

Il est bon et souvent instructif de contempler l’univers, mais comme le rappelle Albert Jacquard, « le véritable espoir n’est pas dans la fuite, mais dans la réalisation par les hommes d’une structure humaine aussi proche que possible d’un idéal qu’ils auront choisi eux-mêmes […] Les vains efforts que l’on consacrera à aller sur une éventuelle planète seront du temps perdu pour la réalisation d’une humanité libérée. Libérée, non pas au sens de l’espace où elle peut vivre, mais au sens du rapport entre tous les humains. » (cf. interview ici). Et comme l’exalte souvent avec une pénétration bienveillante la si précieuse « femme aux semelles de vent« , on ne saurait concevoir plus beau vaisseau spatial que la Terre, ce paradis vivant qui sut si bien accueillir la vie et la faire prospérer, et qui accueille aujourd’hui avec tant de beauté les serviteurs passagers de la vie que nous sommes (ou que nous devrions être !).

Qu’elle est belle, notre Terre, porteuse de vie, de conscience et d’humanité !
(Pourvu que nous soyons vivants, conscients et humains… Nous lui devons bien ça !)

Alors merci, Terre nourricière !
Merci pour la richesse et la beauté grâcieuse de ton écosystème incomparable.
Puissions-nous accepter avec reconnaissance ton inestimable offrande, et ne pas négliger notre devoir élémentaire : te préserver, nous préserver !

(Cette affiche, éditée en 1990, fait partie d’une des nombreuses actions de l’association « Les Humains Associés », qui ont beaucoup œuvré, entre autres, pour la Journée de la Terre : si vous ne connaissez pas encore cette association, je vous recommande vivement son site et l’ensemble de son univers, particulièrement précieux par les temps qui courent…)

Bonne fête à la Terre et à tous !

ET

Comprendre, ou se méprendre…

plume

Au fil de discussions diverses avec des étudiants comme avec des collègues chercheurs, je me rends compte de la progression inquiétante d’une conception de la Physique très réductrice, ornementée de l’apparat flatteur d’un point de vue philosophique « progressiste » – le positivisme –, mais qui me semble être plutôt l’expression paresseuse d’un renoncement, d’un recul de l’aspiration humaine pour la connaissance.

Selon ce point de vue, le but et l’intérêt de la Physique serait : 1) de rendre compte des phénomènes observés, 2) de faire des prédictions exactes sur le comportement de la réalité physique ou quant au résultat d’expériences effectives, et 3) euh… c’est tout !
Toute autre prétention serait ignorante, grossière et archaïque.

Je ne crois pas à ce positivisme naïf, qui n’est d’ailleurs pas celui qui alimente bien plus subtilement la philosophie (je me souviens en particulier de la lecture très enrichissante qu’a pu faire Dominique Lecourt d’Auguste Comte, par exemple, montrant bien le fossé entre sa pensée et la récupération simpliste qui en est faite ici ou là).

Je ne crois pas une seconde que ce soit la simple volonté d’expliquer les phénomènes, encore moins de les prédire, qui motive les scientifiques, et les physiciens en particulier – à moins qu’ils n’aient vraiment fini par s’aliéner eux-mêmes ! Plus précisément, je ferais la distinction entre la volonté d’expliquer tel ou tel phénomène, et la volonté d’explique les phénomènes, et je dirais même la volonté d’expliquer le phénomène « phénomène », c’est-à-dire le fait qu’il y ait quelque chose comme des « phénomènes », disons la « phénoménalité du monde ».

Il y a nombre de phénomènes spécifiques que nous n’avons manifestement que faire de décrire, tandis que d’autres, infimes en apparence, voire sans incidence sur notre vie quotidienne, retiennent l’attention des chercheurs de toute sensibilité depuis des millénaires. Pourquoi, sinon parce qu’ils pressentent que ces phénomènes sont susceptibles de fournir des clés sur la structure, l’architecture intime et finalement la nature du monde physique, ou de la pensée, ou de la conscience, ou du réel ? Ce qui est visé est bien plus vaste et plus profond que l’explication descriptive et que la prédiction des phénomènes.

Si l’on prend l’exemple du comportement d’une plume dans le vent, le physicien n’a que faire de décrire et d’expliquer son mouvement exact – et, de fait, il ne saurait pas le faire ! Mais plusieurs éléments qui entrent en jeu dans ce phénomène l’intéréssent néanmoins : par exemple, que l’air invisible est constitué de matière analogue à la plume, que ses molécules sont en mouvement permanent, formant une phase fluide présentant telles ou telles propriétés génériques, que les collisions microscopiques se traduisent macroscopiquement par des forces effectives de pression, qu’il y a en réalité un lien très simple entre les caractéristiques locales et globales, que la pression, la vitesse d’écoulement, la température, etc., sont reliées d’une certaine manière qui ne diffère en rien de celle qui commande l’action mécanique la plus simple (disons la chute d’une pomme sur la tête de Newton), que la plume elle-même évolue selon un mouvement général et universel, qui nous dit quelque chose sur la structure de l’espace et du temps, sur la nature de la réalité physique, etc. Et puis, s’il est un tant soit peu philosophe et poète, il verra dans ce mouvement erratique l’opportunité d’un questionnement renouvelé sur le déterminisme et la liberté, sur le chaos déterministe, sur la possibilité de traduire une infime action locale, à la limite de ce qui serait un déterminisme stricte dans le cadre de la physique classique, en un mouvement macroscopique complexe ou ordonné, l’occasion d’une réflexion sur la nature de la volonté, sur ce que signifie « être animé », etc., etc.

Comme le poète, le physicien ne veut pas comprendre tel phénomène en un sens purement descriptif et pour ainsi dire maniaque, il veut en saisir le principe, s’en faire l’intime, l’habiter, le reconnaître dans sa vitalité, en capter le message, ne plus y être étranger, y participer, en quelque sorte, pour finalement participer au monde, en intelligence.

Je ne crois pas du tout que la description d’un phénomène particulier comme succession d’implications logiques intéresse véritablement les esprits éprits de connaissance, ou alors comme prélude à autre chose. Ce sont les principes sous-jacents qu’ils visent, et cela dans le but d’approcher la nature du monde et de la réalité. Si le phénomène de la gravitation était pleinement compris, qu’aurions-nous à tirer de l’explication de la chute de telle pomme ou du mouvement de telle étoile autour de sa compagne, dont nous ignorons même l’existence ?

Quant à faire des prédictions sur la réalité physique, ce peut être en effet un objectif pratique dans certains cas précis, mais ce n’est pas un but en soi. Il y a tant de choses que nous ne savons pas prédire, et que nous ne songeons même pas à essayer de prédire !

Qui peut raisonnablement affirmer que si l’humanité avait accès à une machine infaillible donnant la réponse exacte à toute question qui lui serait posée quant au résultat d’une expérience ou d’une opération – la machine à prédire ultime, l’oracle universel, en somme –, elle cesserait toute activité scientifique ?

D’ailleurs, les théories physiques actuelles, qu’elles soient quantiques ou relativistes, sont précises au point qu’aucune expérience n’a jamais pu les prendre en défaut : toutes les prédictions qui en sont tirées ont toujours été vérifiées aussi parfaitement que les moyens d’expérimentation nous permettent de le faire. S’arrête-t-on pour autant de chercher ? Bien au contraire : nous tentons par tous les moyens de produire et d’observer des phénomènes dont nous serions incapables de rendre compte ! Pourquoi donc ? Précisément parce que ces théories nous permettent de prédire des phénomènes, mais pas de les comprendre, et que nous ne nous satisfaisons pas de décrire ce que nous voyons : nous nous servons de ce que nous voyons pour comprendre la nature du monde, et non de notre compréhension du monde pour décrire ce que nous voyons ! Nous voulons voir ce qui nous est encore invisible, afin de comprendre ce qui nous est aujourd’hui incompréhensible.

La description du monde dont nous disposons actuellement permet des prédictions correctes, mais nous savons, du fait de son inconsistence interne, qu’elle ne se rapporte pas fidèlement à « la réalité », quelle que soit la profondeur ontologique qu’on accorde à ce terme.

Réduire la Physique à un jeu de recettes aveugles et opérationnelles, c’est l’asservir à un utilitarisme aléniant et délétère, et c’est finalement renoncer à la connaissance, qui ne peut qu’inclure, au titre même de la connaissance du monde, la connaissance de soi (et donc de la conscience qui fait des phénomènes physiques eux-mêmes des éléments de la rationalité) et la question fondamentale du réel et de ce que peut bien recouvrir une telle notion, dans les différents contextes où elle peut se poser.

Il se peut que le réel se réduise in fine au connaissable, voire à l’expérimentable, mais un tel point de vue ne peut pas être un simple postulat ou un positionnement méthodologique pratique : il doit être lui-même un objet de connaissance.