E.T. d’Orion
« Dieu est subtil, mais il n’est pas méchant » (Albert Einstein)
L’univers a-t-il un sens ?
6 septembre 2011, 02:24 | In Non classé, Univers | 3 Commentaires
S’il n’y a pas de sens dans l’univers, ou dans quelque réalité que ce soit, alors cette affirmation même ne saurait avoir le moindre sens.
Or nous attribuons tous une signification à la proposition qu’il n’y ait pas de sens — quand bien même il n’est pas aisé de définir ou de cerner ce que pourrait être un tel sens.
Autrement dit, s’il n’y a pas de sens, alors il n’y a pas de sens (sic !), mais lorsque nous disons qu’il n’y a pas de sens – ou envisageons qu’il n’y en ait pas, nous savons ce que cela veut dire.
Je vous laisse conclure…
Écrivons-nous encore des manuscrits ?
3 septembre 2011, 03:50 | In Non classé, Poésie | 2 CommentairesAh ah ah ! Je viens de réaliser une chose évidente !
On parle toujours de “remettre un manuscrit” à un éditeur, de “lire un manuscrit”, etc.

Mais c’est un abus de langage, le vestige linguistique d’un passé révolu. Car de nos jours de tels textes ne sont plus guère écrits à la main — manu-scrits –, mais édités à l’aide d’un ordinateur et imprimés en caractères bien réguliers, laser ou jet d’encre, sur du papier massicoté à la chaîne, débité par ramettes entières…
C’est là une réflexion parfaitement banale, et rassurez-vous, ce n’est pas cela, ma découverte du jour…
Non, ce que je viens juste de réaliser, c’est que ces “manuscrits” modernes ne sont pas moins manuscrits que les anciens !
Certes, l’on écrivait jadis “à la main”. Mais a-t-on jamais vu la main écrire toute seule ? L’encre couler de l’index pour se répandre sur la page ?
La main qui écrit n’a-t-elle pas toujours eu besoin de l’intermédiaire d’une plume, d’un stylo ?
Aujourd’hui, c’est un clavier d’ordinateur, mais c’est bien le mouvement de la main et des doigts qui provoque l’enfoncement des touches, n’est-ce pas ?
Ainsi, dorénavant, et jusqu’à la mise au point d’un système de reconnaissance vocale et d’écriture automatique “sous la dictée”, je continuerai à employer le mot “manuscrit” ! Comme avant, donc, mais avec l’esprit à présent libéré de ce sentiment incommodant, léger, certes, mais persistant, de l’incorrection linguistique…
Non mais !
Cela dit, il y a écrire des manuscrits et écrire des manuscrits ! Jugez plutôt… :

Si vous deviez n’en retenir qu’un seul…
31 août 2011, 20:44 | In Enseignement, Non classé, Science, Société | 1 CommentaireDe vos accomplissements, de vos travaux, de vos résultats… “Si vous deviez n’en retenir qu’un, lequel serait-ce ?”
Telle est la question que l’un des membres d’un jury de recrutement auquel je participais récemment a tenu à poser à chaque candidat que nous auditionnions pour un poste de Professeur à l’université.
Cette question ne m’a pas paru pertinente, et si je la commente ici, c’est parce qu’elle me semble symptomatique d’une approche dépassée, qui a d’assez bonnes chances de disparaître – du moins je l’espère…
Cette question en rappelle d’autres, construites sur le même modèle, comme celle sur le fameux livre unique qu’on aurait la possibilité d’emporter sur une île déserte… Elle en dit au moins aussi long sur l’état d’esprit de celui qui la pose que la réponse ne peut en dire sur celui que l’on interroge.
Ce qui me gêne, ce n’est pas tant l’idée que l’on puisse résumer une recherche à un résultat, un travail à une Å“uvre, une vie à un acte — l’enseignant-chercheur qui posait cette question était d’ailleurs parfaitement conscient, je présume, de ce qu’il y avait de nécessairement réducteur dans une telle demande. Non, ce qui me gêne, c’est l’idée même que l’essentiel d’un travail, d’une recherche ou d’une vie soit contenu dans les résultats — même au pluriel.
Je ne crois pas que la vie soit faite de “faits marquants”, entrecoupés d’inutilités négligeables. Une très ancienne sagesse ne dit-elle pas que le chemin est plus important que la destination ?
Il arrive, certes, que de longues périodes de recherche confuse, de maturation, de travail personnel, se cristallisent en un résultat, une Å“uvre, un geste, un acte, une parole, qui en rassemblent la vérité, en résument  la valeur, en signent la pertinence. Mais ils opèrent alors plus comme un témoignage – pour un “soi-même” plus général, impersonnel ou ultérieur –que comme un gage de réussite. Si l’on peut les mettre en avant à l’occasion, il faut bien se garder de les mettre en vitrine ! Ce serait d’ailleurs se condamner à devoir sans cesse revenir les épousseter…
Cette conception d’un égrènement du significatif dans un océan d’insignifiance, est le signe d’un regard fragmenté sur le monde, réduisant au mieux le réel à la réalité phénoménale. D’un point de vue philosophique, c’est naïf et superficiel. Et pour le physicien (je précise que le jury était composé de physicien(ne)s), c’est même un archaïsme théorique.
C’est comme si la Mécanique s’était arrêtée au corpuscule, et avait méconnu le champ. À la force agissante, et avait ignoré l’énergie.
Comme si le mouvement était aboli par les instants mêmes qui le figent.
Comme si le phénomène se saisissait lui-même en sa propre objectivité, inarticulé, dissocié du flux qui le sous-tend et dont il ne fait que ponctuer le mouvement.
Comme si le raisonnement et la pensée n’étaient que la juxtaposition magique d’états mentaux arrêtées… Mais quel sens, seul, peut bien avoir un tel état ? Que dit, seul, le mot ? Le pas de celui qui chemine ne saurait être la simple succession des lieux où ses pieds ont touché le sol. S’il y a mouvement, progression, c’est précisément par l’espace insaisissable qui accueille ces pas. C’est par le courant déployé dans le flot de la marche, par ce basculement continu vers soi-même, dans le champ où le pied se soulève, ne laissant aucune trace sur le monde apparent.
Cet indicible de la vie, et de la pensée même, est précisément ce qui en constitue la vérité, la richesse.
Comme le dit si magnifiquement Ludwig Wittgenstein : le silence est l’envers du langage, il est habité par la pure présence.
Bon, j’ai un peu dévié de la simple question posée par un professeur établi lors d’un concours de recrutement à l’université. Mais cette façon de concentrer le regard sur des accomplissements objectifs, comme si l’un d’eux pouvait être autre chose qu’une anecdote dans le grand mouvement de la Physique – sans parler de celui de la pensée ! – m’a paru plus que naïve, en fait. Elle m’a paru réductrice, terriblement réductrice, et contraire à la réalité de l’aventure philosophique qui est le seul véritable intérêt de ce type de recherche. Collectionner les “faits marquants”, ne s’intéresser qu’au saillant et ne décréter significatif que ce qui peut se montrer, se démontrer isolément, c’est empêcher le déploiement du champ véritable de la recherche. Il est certes important de poser des jalons, de rassembler de temps à autres quelques idées éparses en une construction plus solide, pouvant servir de point d’ancrage, de port d’attache à partir duquel explorer plus avant. Mais l’essentiel est ailleurs.
Ce n’est pas la plume qui est importante, c’est l’aile ! C’est son battement dans l’azur invisible qui fera prendre à l’esprit son envol !
En fait, cette question d’apparence anodine – et même a priori pertinente, voire valorisante , si l’on en juge par l’air satisfait de celui qui tenait tant à la poser – me semble du même niveau que le jugement goguenard entendu tant et tant au sujet de la recherche : “un chercheur, c’est bien, mais un trouveur, c’est mieux !”
Que veut dire trouver ? Ramasser un fruit mur sur le sol ? Sans se soucier de l’arbre qui l’a porté, du soleil qui l’a nourri, de la vie qui l’a façonné ? Cueillir une fleur sur un sentier, sans savoir où il mène, ni ce qui en fait la beauté, ni pour qui elle resplendissait ?
Comprendre, ce n’est pas “trouver”. S’ouvrir l’esprit, ce n’est pas “trouver”. Élargir l’horizon conceptuel d’une société, changer la vision du monde d’une civilisation, ce n’est pas “trouver”. Enrichir la perspective humaine, ce n’est pas “trouver”.
Voilà pourquoi j’aurais aimé que le temps très limité que nous avions pour dialoguer avec nos candidats – d’ailleurs très compétents et intéressants  – soit consacré à un tout autre type de questions. Par exemple : Qu’avez-vous appris au cours de vos recherches ? En quoi votre regard a-t-il changé ? Comment vos travaux et vos résultats partiels ont-il modifié la façon dont vous abordez les nouveaux problèmes ? Que souhaiteriez-vous transmettre en priorité ?
Je serais bien embarrassé de devoir mettre l’un ou l’autre de mes “résultats scientifiques” en avant, si on me le demandait. À la vérité, je les tiens tous pour pratiquement insignifiants, quand bien même certains ont pu à l’occasion contribuer, parmi beaucoup d’autres, à faire avancer quelque peu les deux ou trois domaines de recherche dans lesquels je me suis plus particulièrement investis. Mais ma pratique de la Physique m’a au moins appris une chose : le réel n’est pas la simple juxtaposition de “phénomènes”. Les mots ne sont rien sans la phrase. La phrase n’est rien sans la parole. Les notes, rien sans la mélodie…
Un jour, bientôt, c’est l’aptitude à saisir et à transmettre l’essentiel, le fécond, à susciter le questionnement, à élargir le point de vue des futurs étudiants, à ébranler leur vision du monde, qui sera le principal critère de recrutement d’un enseignant-chercheur. La qualité scientifique, comme on dit, n’est qu’un préambule.
L’essentiel est ailleurs. Et il est rare !
L’espace-temps, la réalité virtuelle… et la vision quadri-dimensionnelle !
9 février 2011, 02:58 | In Non classé, Science, Voyages | 3 CommentairesJ’ai déjà dit quelques mots ici-même du projet EVEILS, à la rencontre de la Physique, de la Réalité Virtuelle, de la perception et de la cognition.
Voici la vidéo d’une petite intervention que j’ai faite le 15 janvier dernier lors de la conférence TEDx Paris.
Il y est question de 3D, de 4D, d’espace-temps, de muons, de réalité virtuelle immersive, de relativité, de “vitesse de la lumière”, et de solidarité géométrique…
C’était conçu pour être accessible à un large public. Alors n’hésitez pas à visionner cette vidéo, et à la commenter le cas échéant (vous pouvez aussi la voir en HD sur YouTube). Comme disait Groucho Marx : “Un enfant de cinq ans comprendrait ça. Allez me chercher un enfant de cinq ans !”
À bientôt,
ET
PS: Comme chacun l’aura constaté, je ne suis pas très assidu sur ce blog… À ma décharge, et pour paraphraser quelqu’un, je dirais qu’en venant d’Orion, la Terre, c’est beau, mais… c’est loin !
Des cursus à suivre ? Non, des parcours à inventer !
3 février 2010, 03:03 | In Non classé | 3 CommentairesUn article a été mis en ligne aujourd’hui sur le site Slate.fr, intitulé « Plaidoyer pour l’année sabbatique des étudiants », avec l’accroche suivante : « Faire une pause dans la course aux diplômes est formateur. Cela permet de voir le monde au-delà du tableau noir. »
J’ai trouvé cet article intéressant, et propre à susciter des réflexions utiles dans le monde de l’éducation. J’en ai donc recommandé la lecture à mes étudiants sur mon blog d’enseignement, mais au cas où cela intéresse aussi les lecteurs d’ET d’Orion, je reproduis ici quelques commentaires…
Bien sûr, ce n’est pas un encouragement à ne pas étudier, encore moins à ne rien faire ;-). Bien au contraire ! C’est parce que les études sont précieuses qu’il faut les aborder positivement, mûrement, dans la sérénité et avec le recul nécessaire. Or ce recul peut passer (doit passer ?) par la confrontation avec un monde plus vaste que l’environnement scolaire ordinaire, plus ou moins automatique et conditionné, qui, si on n’y prend garde, finirait par aliéner au lieu d’émanciper — ce qui serait un comble !
C’est particulièrement vrai à l’université : pour être véritablement « universitaire », la vie étudiante ne peut être vécue repliée sur elle-même, limitée à un programme d’étude préétabli et circonscrit, confinée aux informations transmises entre quatre murs (euh, plutôt six, en fait, si l’on compte le plafond et le plancher
), par des « opérateurs du savoir » eux-mêmes « abstraits » du monde auquel ils sont censés ouvrir… en s’y ouvrant eux-mêmes.
C’est parce que le monde est fluide, mouvant, dynamique, en perpétuelle évolution, que les études doivent l’être aussi. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut papillonner sans cesse, aller de ci de là , au gré de nos désirs éphémères, ne faire que ce qui nous plaît quand ça nous plaît, dans l’illusion d’une liberté qui ne serait alors que la tyrannie de l’envie et de la facilité. Faire des études, c’est exigeant : cela demande du temps, des efforts, de la persévérance. C’est capital, mais justement parce que c’est capital, il faut savoir ce que l’on fait, pourquoi on le fait, et ne pas oublier que le monde est vaste et que c’est pour se donner les moyens d’y participer pleinement et heureusement, dans la singularité et la diversité de nos aptitudes et de nos aspirations propres, que nous faisons des études – et que nous continuerons à en faire tout au long de notre vie.
Nul besoin, d’ailleurs, de faire le tour du monde pour « voir du pays », s’ouvrir l’esprit, explorer des voies nouvelles, arpenter des chemins peu familiers, rencontrer le monde, la vie, des êtres et des pensées enrichissantes… Si la perspective est dynamique, l’Université – y compris l’Université physique, faite de briques, de tableaux blancs, d’enseignants et d’étudiants – peut-être un environnement d’une grande richesse, accueillant en son sein une diversité souvent inexploitée. Et pour qui sait tirer parti de l’ouverture extraordinaire qui accompagne le développement des technologies de l’information et de la communication, le monde, ici-et-maintenant, et pratiquement quelles que soient nos activités quotidiennes, est essentiellement sans limites.
Il n’y a plus de cursus. Il y a des univers entiers à découvrir, des mondes à investir, des connaissances et des savoir-faire à embrasser, toute une symphonie de parcours singuliers à suivre ou plutôt à créer, à construire en se construisant soi-même…
Les seules limites sont nos limites. Saurons-nous les atteindre… et les dépasser ?
Honneur éternel aux martyrs de la liberté !
21 juin 2009, 09:37 | In Non classé | 1 CommentaireMinuit, le ciel est clair.
En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière ne veut pas tout à fait disparaître. Crépusculaire, incertaine, mais invincible. C’est le solstice d’été : l’inclinaison de la Terre vers le Soleil est à son maximum. Les jours d’hier et de demain seront les plus longs de l’année, et cette nuit est la plus courte. À peine escamoté sous l’horizon, éclipsé de justesse par le limbe terrestre, comme à l’affût, le Soleil blanchit encore le ciel en ces heures nocturnes. Est-ce une aube ? Est-ce un crépuscule ? Il y a le jour d’où l’on vient, le jour vers où l’on se dirige. Point de basculement de l’espace et du temps, charnière entre les heures sombres et le règne de la lumière.
En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies et l’Humanité est inconsolable. Il y a ceux qui ont vu, et il y a ceux qui n’ont pas vu. Ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’histoire. Ceux qui n’ont pas vu ces images de la jeunesse assassinée, de la liberté pacifique égorgée dans la rue, dans les bras de l’espoir ; ceux qui n’ont pas vu le courage, l’atroce courage aux mains de l’arbitraire ; et la force de croire ; ceux qui n’ont pas vu la noblesse infinie, la foi hautaine et souveraine, le chant profond du sacrifice qui est l’offrande universelle de la Vie à la Conscience ; ceux qui n’ont pas vu les fronts braves et les cœurs brûlants de cette humanité vibrante : la sainte dignité de l’être libre et responsable devant l’humanité entière ; oui, ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’Histoire !
En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies, mais s’apprête à lutter encore. Non pas combattre, mais veiller. Veiller tout le jour, veiller la nuit entière. Veiller sur la justice, la vérité et la conscience humaine. Veiller pour être là , pour être ce regard, direct, sanctifié, devant la tragédie du monde. Simplement être là . Témoigner. Et tomber si c’est nécessaire.
En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, nous veillons avec tout un peuple, le cœur serré par la misère de l’humanité piétinée, réfutée par sa part d’ignorance mais toujours transcendée par son propre avenir, qui, poussant ses bourgeons comme une sève chaude au sortir de l’hiver, projette dans la nuit une floraison de lumière.
En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, il nous faut calmer en nous-mêmes la colère de l’impuissance. Cette colère est dérisoire, et c’est vers ce peuple qui lutte, c’est vers tous les peuples qui luttent, qui ont lutté et lutteront pour la justice que nous tournons notre âme émue, émerveillée, et nos yeux noyés de reconnaissance.
Nous sommes là , tous, avec vous, dans la ferveur de la liberté, concentrés vers votre avenir qui est notre avenir à tous.
Que se joignent à l’unisson tous les flots de cette marée que l’humanité porte en elle, et que monte sa vérité au temple de l’universel !
Ô âmes nobles, conjuguées, âmes vivantes et éternelles, l’ignorance qui vous balaye ne saura pas vous supplanter.
En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière va triompher !
Élection européenne… pour la vie !
25 mai 2009, 22:24 | In Non classé | 3 CommentairesEurope : Terre d’élection !
Non, non, pas une élection politique – quoique ce soit de saison…
Je parle d’Europe, la fameuse lune de Jupiter, qui pourrait bien être une terre d’élection pour la vie !
N’est-il pas beau, ce ventre rond gonflé d’espérances secrètes ?
Sous ces veines entralacées, brunes d’une substance à découvrir, qui sait si la vie ne s’est pas déployée ?
Car cela ne fait plus guère de doute : sous la surface gelée du satellite jovien (le quatrième par la taille), presque aussi volumineux que notre blonde Lune, se cache un vaste océan d’eau liquide.
Ces étonnantes craquelures, ces fines lignes enchevêtrées faisant alterner crêtes et vaux en un réseau superposé à faire rêver les urbanistes des plus grandes mégalopoles terriennes, demeurent largement mystérieuses. N’étaient leurs dimensions pharaoniques (le fragment ci-dessus couvre quelques centaines de kilomètres carrés), on pourrait presque y reconnaître l’image d’un tissu vivant observé au microscope, ou le flux désordonné de globules rouges entraînés au creux de quelque artère énigmatique.
Europe retient à sa surface une très fine atmosphère, et l’on a pu y mesurer quelques traces d’oxygène. Mais même en rassemblant tout cet oxygène sous un seul dome hémisphérique, il y aurait à peine de quoi couvrir quelques pâtés de maisons ! Et la lumière solaire, pourvoyeuse d’énergie pour la vie sur Terre, est extrêmement ténue sur Europe, le Soleil en étant 5 fois plus éloigné que de la Terre…
C’est plutôt l’océan vibrant sous la glace, comme au sein d’un ventre tendu, qui suscite l’espoir et l’intérêt des exobiologistes. Les estimations montrent qu’il contient plus d’eau que l’ensemble des océans de la Terre ! S’il peut se maintenir à l’état liquide, si loin du Soleil, c’est qu’il y a des sources de chaleur internes. Une telle source pourrait être la radioactivité, comme au cÅ“ur de la Terre. Mais à tout le moins, il y a la friction occasionnée par les forces de marées exercées sur Europe par Jupiter – friction qui devrait produire un échauffement suffisant.
De l’eau, de la chaleur… et quelques germes de vie venus de l’espace ?
Cela pourrait être suffisant pour développer et entretenir certaines formes de vie.
Je me suis souvent interrogé sur les raisons de la prudence dévote du discours scientifique en la matière. Chacun reconnaît que la présence de formes de vie primitives dans des environnements de ce type est possible – et même suffisamment crédible pour nourrir des recherches de plus en plus approfondies –, mais tout se passe comme si l’éventualité d’une vie intelligente n’était jamais envisagée. Pourquoi ?
À partir du moment où il y a de la vie, et où les conditions permettent son maintien et donc son développement pendant des centaines de millions d’années, voire des milliards d’années, pourquoi ne serait-il pas envisageable qu’un écosystème local soit autre chose que “rudimentaire” ou “primitif” et que cet écosystème ait fait émerger des processus cognitifs plus complexes que ceux mis en Å“uvre à l’échelle bactérienne ?
Je parle de conditions permettant le maintien de la vie, et donc son développement, car c’est une des caractéristiques de la vie de se maintenir en évoluant. Dans un environnement où les conditions physico-chimiques se modifient sans cesse, sur des échelles de temps diverses, il n’y a pas de survie possible sans évolution, sans adaptation, et même sans évolution des capacités d’adaptation. Si l’on peut admettre la possibilité d’une vie sur Europe ou ailleurs, il ne me semble pas qu’on puisse rejeter celle d’une vie intelligente et, partant, pourquoi pas, de sociétés entières !
C’est étonnant comme le rêve et l’incertitude peuvent faire peur. Une extrapolation n’est certes qu’une extrapolation, mais si l’on sait qu’on extrapole, quel danger peut-il y avoir à le faire ?
“Qui sait ?” semble être une question difficile à assumer, peut-être parce qu’elle implique l’aveu d’un “je ne sais pas”…
Il me semble qu’une conséquence désastreuse du développement scientifique au cours des derniers siècles a été ce qu’on pourrait appeler “la répudiation du mystère”. On s’est d’abord convaincu qu’on savait tout, ou qu’on pourrait tout savoir si on s’en donnait le temps et la peine, et puis, lorsqu’on a découvert qu’on ne savait pratiquement rien, car les fondements mêmes de notre langage à propos du monde (ceux de la physique classique et des mathématiques) se sont trouvés pris en défaut de manière radicale, il y a environ un siècle, on s’est pratiquement interdit de parler, et finalement de penser toute réalité mystérieuse.
Mais je m’éloigne d’Europe et de sa matrice enluminée…
Un jour, lorsque le Soleil en fin de vie grossira jusqu’à englober le rayon terrestre, la chaleur accrue fera fondre les glaces d’Europe, libérant l’océan et peut-être, si elle a pu se développer et se maintenir, une forme de vie inconnue !
Mais ce ne devrait pas être avant… quelques milliards d’années !
En attendant… c’est beau la Terre ! (cf. post précédent
)
Et tous ceux qui sont fascinés par les promesses de vie exoplanétaires, combien ne devraient-il pas l’être davantage par la splendeur explicite de la vie terrestre, à la réalité indubitable, riche et accueillante, inventive et harmonieuse, resplendissante et joyeuse, hymne pur à la beauté et source d’émerveillement permanent !
ET
PS: un oeil… sur orbite ?
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