Honneur éternel aux martyrs de la liberté !

Minuit, le ciel est clair.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière ne veut pas tout à fait disparaître. Crépusculaire, incertaine, mais invincible. C’est le solstice d’été : l’inclinaison de la Terre vers le Soleil est à son maximum. Les jours d’hier et de demain seront les plus longs de l’année, et cette nuit est la plus courte. À peine escamoté sous l’horizon, éclipsé de justesse par le limbe terrestre, comme à l’affût, le Soleil blanchit encore le ciel en ces heures nocturnes. Est-ce une aube ? Est-ce un crépuscule ? Il y a le jour d’où l’on vient, le jour vers où l’on se dirige. Point de basculement de l’espace et du temps, charnière entre les heures sombres et le règne de la lumière.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies et l’Humanité est inconsolable. Il y a ceux qui ont vu, et il y a ceux qui n’ont pas vu. Ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’histoire. Ceux qui n’ont pas vu ces images de la jeunesse assassinée, de la liberté pacifique égorgée dans la rue, dans les bras de l’espoir ; ceux qui n’ont pas vu le courage, l’atroce courage aux mains de l’arbitraire ; et la force de croire ; ceux qui n’ont pas vu la noblesse infinie, la foi hautaine et souveraine, le chant profond du sacrifice qui est l’offrande universelle de la Vie à la Conscience ; ceux qui n’ont pas vu les fronts braves et les cœurs brûlants de cette humanité vibrante : la sainte dignité de l’être libre et responsable devant l’humanité entière ; oui, ceux qui n’ont pas vu sont sortis de l’Histoire !

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, l’Iran panse ses plaies, mais s’apprête à lutter encore. Non pas combattre, mais veiller. Veiller tout le jour, veiller la nuit entière. Veiller sur la justice, la vérité et la conscience humaine. Veiller pour être là, pour être ce regard, direct, sanctifié, devant la tragédie du monde. Simplement être là. Témoigner. Et tomber si c’est nécessaire.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, nous veillons avec tout un peuple, le cœur serré par la misère de l’humanité piétinée, réfutée par sa part d’ignorance mais toujours transcendée par son propre avenir, qui, poussant ses bourgeons comme une sève chaude au sortir de l’hiver, projette dans la nuit une floraison de lumière.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, il nous faut calmer en nous-mêmes la colère de l’impuissance. Cette colère est dérisoire, et c’est vers ce peuple qui lutte, c’est vers tous les peuples qui luttent, qui ont lutté et lutteront pour la justice que nous tournons notre âme émue, émerveillée, et nos yeux noyés de reconnaissance.

Nous sommes là, tous, avec vous, dans la ferveur de la liberté, concentrés vers votre avenir qui est notre avenir à tous.

Que se joignent à l’unisson tous les flots de cette marée que l’humanité porte en elle, et que monte sa vérité au temple de l’universel !

Ô âmes nobles, conjuguées, âmes vivantes et éternelles, l’ignorance qui vous balaye ne saura pas vous supplanter.

En cette nuit du 20 au 21 juin 2009, la lumière va triompher !