« Qui suis-je ? »

[ Petite suite au billet d’hier
On ne veut pas manquer un visiteur, mais attention à ne pas se manquer soi-même ! 😉 ]

Qui suis-je ?

N’avez-vous jamais trouvé étrange cette continuité de l’être ?
Comment se fait-il que j’aie à chaque instant l’impression d’être le même que l’instant précédent ? Et d’ailleurs, est-ce bien vrai ? Est-ce bien vrai que je suis le même qu’il y a un instant ? Et même, est-ce bien vrai que j’ai l’impression d’être le même qu’il y a un instant ?

En fait, je n’ai véritablement cette impression que si j’y prête attention. Sinon, je ne sais même pas qui je suis ! Et quand j’y prête attention, alors ce « moi » que je suis m’apparaît tout de suite très différent du « moi » que je suppose naïvement être quand je n’y prête guère attention.
Quand je dis « c’est moi », ou « je suis moi », qui est ce « moi » ? Et surtout, qui est ce « je » qui cherche ainsi à s’identifier ?

En physique quantique, les questions de ce genre (que pose traditionnellement la physique classique ou la pensée analytique, toutes deux réalistes en un sen naïf) n’acquièrent un sens qu’au moment où la réponse est donnée. La définition d’un attribut n’a de sens que lorsque l’attribut se manifeste. Or il ne se manifeste par définition que dans la manifestation, et alors il n’est plus simplement l’attribut, mais l’attribut manifesté.

Identifier la manifestation d’une chose n’est pas identifier la chose elle-même, bien évidemment. La Physique classique admet implicitement que les choses peuvent être décrites comme l’ensemble de leurs attributs, et par un glissement hasardeux – ou parce qu’elle ne s’interroge pas véritablement sur la chose, mais seulement sur sa manifestation, i.e. le phénomène –, elle finit par adopter l’idée que les choses sont l’ensemble de leurs attributs (incluant leurs attributs constitutifs connus ou inconnus, et la manière dont elles se comportent par elles-mêmes ou en liaison avec leur environnement). Mais ce que la Physique a découvert il y a près d’un siècle, c’est qu’il n’est en réalité pas possible de relier directement les « attributs manifestés » des choses à ce qui serait des attributs plus intrinsèques. Des notions aussi élémentaires que la position, la masse, l’énergie, l’instant considéré, ou même le nombre de constituants (particules), se sont avéré n’être pas pertinentes à un niveau plus profond de l’étude de la réalité, à commencer par celui de la Physique quantique. Par exemple, demander si un électron est « ici » ou « là », c’est plaquer sur cet électron une catégorie – celle de la localisation spatiale – qui lui est étrangère, qui ne peut le saisir ou l’englober. Une expérience spécifique peut certes le localiser, le « manifester » ici ou là, mais cet électron-manifesté n’est pas l’électron, et il y a discontinuité totale, radicale, entre telle manifestation de l’électron et telle autre.

Techniquement, cette difficulté est traitée par la Physique par le biais du formalisme probabiliste, qui a le mérite de délimiter lui-même son champ de validité et d’effectivité. Mais cela n’a pas d’importance à ce niveau. Le message essentiel est ici qu’on ne peut jamais définir une chose ou l’identifier par ses attributs manifestés ou la manière dont elle se comporte.

Identifier un objet, une situation, un phénomène, s’avère au bout du compte aussi délicat qu’identifier un être. Normal : « identifier », c’est justement reconnaître l’être derrière la chose – entendons par là « reconnaître ce que la chose est ». Et cela implique de reconnaître d’abord que cette chose est, pour ensuite, en tant qu’elle est, apprécier la réalité qui conditionne ou justifie ses modes d’êtres.

C’est en ce sens qu’on indiquait plus haut que le réalisme de la Physique classique ou de la pensée analytique ordinaire est naïf. (NB : attention, cela n’implique pas qu’il faille renoncer au réalisme, mais à la naïveté quant au réalisme.)

Mais qu’entend-on au juste par « identifier » ?

Identifier, c’est reconnaître comme identique ce qui était préalablement distingué. C’est soit, à un première niveau, rapporter de l’inconnu à du connu (réaliser que « ceci », qui était à identifier, n’est en fait rien d’autre que « cela », déjà identifié), soit, à un autre niveau, accéder à une description ou une perception qui « résout » la distinction, par un processus qui consiste le plus souvent (et paradoxalement) à élucider le « connu » en « inconnu », et à reconnaître alors que deux inconnus distincts sont en réalité identiques, une seule et même entité. Les deux processus contribuent conjointement au progrès de la connaissance, en Physique comme ailleurs. (L’accession à la réalité quantique, ou à la réalité relativiste du monde physique, sont deux exemples du second processus ayant opéré en Physique.)

On estime souvent que l’indéterminé est plus vaste que le déterminé. Mais la vérité est plus radicale encore. L’indéterminé est d’une nature autre. Ce n’est pas la simple collection des possibles, ou l’un quelconque (et inconnu) des possibles. La détermination crée le déterminé.

Mais pour en revenir à la question initiale et générique – « qui suis-je ? » –, l’identification qu’elle appelle a toutes les chances de soulever les mêmes difficultés foncières que l’identification d’une chose ou d’un objet quelconque. Il n’est sans doute que temps pour l’Homme de dépasser le réalisme naïf de « l’Homme classique » (celui de la Physique classique), qui serait appréhendable par ses manifestations et sa participation (aussi complexe soit-elle) au monde physique ordinaire – classique, donc –, dont on sait bien désormais qu’il n’a d’existence que dans la représentation naïve que nous avons de l’expérience physique effective, qui est en dernière analyse une expérience conscientielle – ou, pourrions-nous même dire, « sensible donc conscientielle ».

S’identifier soi-même, dès lors, serait appréhender l’être derrière la manifestation de l’être. Ce serait donc appréhender non seulement la similitude, mais l’identité réelle de ce qui apparaît ou se manifeste comme distingué. Et cela résoudrait tranquillement le problème de la continuité de l’être, posé initialement. « Suis-je le même qu’il y a un instant ? » Oui, si je suis ce que je suis réellement, si « je suis » est l’identité–même de l’être, et non sa manifestation, changeante, méconnaissable, discontinue et transitoire. Non, si « je suis » est identifié à la projection de cet être dans la réalité classique, à la faveur d’une expérience, d’une interaction, d’une réalisation particulières. De même que l’électron est ici ou là (a telle énergie ou telle vitesse, etc.) seulement s’il est considéré du point de vue classique – dans sa « fixation » dans le monde physique classique – et cesse du même coup d’être ce qu’il est réellement, de même je suis ceci ou cela, comme ceci ou comme cela, seulement si je m’identifie à ma projection dans l’échevau des interactions ordinaires, des phénomènes classiquement manifestés. Ce faisant, je me « fixe », et perd toute continuité à la fois avec le monde quantique qui sous-tend ne serait-ce que les molécules qui composent mon corps, et avec la fixation précédente et la fixation suivante de ma personne. En un mot, je m’extrais de la continuité, du continuum de mon être même : je cesse d’être.

(Bon, allez, je vais retourner voir si quelqu’un m’attend devant ma porte 😉 )

ET

4 réflexions sur « « Qui suis-je ? » »

  1. « je pense (à moi) donc je suis….
    bel éloge du narcissisme le plus nombriliste qui soit!

  2. C’est pas croyable de voir comment on peu se creuser la tête avec rien. Bon, en premier lieu, rien de tout se qui a été dit ici n’est prouver (voir même « prouvable ») et, même si sa l’était, sa ne changerait strictement rien dans nos vies de tout les jours! Vous imaginez peut-etre qu’un jour nous seront tous daccors avec vous (se qui ne sera jamais le cas), mais même si se jour devait venir, devrions-nous réécrire des livres? allons nous trouver le moyen d’atteindre d’autre monde?? Enfin bref, le premier qui a penser a cet philosophie aurait du la garder pour lui, car elle est inutile et elle ne se base sur rien.

  3. Rhooô continue, tu as raison, nous ne sommes pas des petits bouts de steaks sur pattes, nés pour aller d’un endroit à un autre.Tout objet à sa propre vie, sa propre essence. Je suis sure que toute vie à son utilité, tu m’ouvres avec ton blog des horizons. Je ne suis pas du meme monde que le tien (j’ai pas dit planète …) Je travaille dans le domaine du fengshui, mais bon sang comme c’est rassurant de voir quelqu’un du monde de ceux qui ont le savoir (astro, etc …) de voir que tu es monsieur tout le monde, que la musique t’émeut, que tu es ici et ailleurs, et quand meme temps ici tu gamberges sur ailleurs … Qui suis-je, ou cours-je, dans quel état j’erre ? Mais quel bonheur d’etre un esprit libre.

    Vive ton blog, vive la vie et les étoiles.
    Ps, par contre tu n’es pas drole, aucun moyen de te contacter pour te faire des suggestions, te poser des questions ou autre.

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