Le virtuel prend corps

Le web traditionnel, c’est terminé !

C’est du moins ma conviction, après avoir exploré quelque peu les possibilités de l’univers virtuel de Second Life. La révolution de ce qu’on pourrait appeler le « virtuel spatialement organisé » est inéluctable. Ses conditions d’émergence sont déjà réunies : l’accès à un monde véritablement tridimensionnel, largement configurable et dans lequel la création d’objets, de paysages et d’animations est d’une simplicité qui ne peut d’ailleurs qu’aller en augmentant ; et bien évidemment la capacité de s’y mouvoir à sa guise et d’ajuster son point de vue pour privilégier tantôt une vue d’ensemble, tantôt une vue rapprochée sur un élément particulier, pour l’observer, le jauger, le lire – tout cela de manière continue, fluide, à volonté…

Oui, on peut aussi « lire » au sens propre, et c’est cela qui fait que le web traditionnel est en réalité déjà inclus (du moins en principe) dans un univers virtuel tel que Second Life (SL pour les intimes – Deuxième Vie pour… je ne sais pas qui). Car parmi les objets 3D construits dans un monde en 3D, rien n’empêche évidemment de faire figurer un « bête » plan (un mur, un écran, une table, une affiche, un tableau, un livre) sur lequel on peut reproduire n’importe quelle image ou écrire n’importe quel texte (même en temps réel). Tout ce que vous trouvez sur n’importe quel site web, quel que soit sa complexité ou son degré d’élaboration, peut donc se retrouver à l’identique, de la manière la plus triviale et la moins créative possible, dans un univers virtuel en 3D.

Mais les possibilités offertes par un tel monde sont bien plus vaste : l’avenir (proche) le démontrera… en le montrant !

Je ne me lancerai donc pas ici dans un argumentaire – à quoi bon perdre du temps dans une entreprise aussi dérisoire : allez donc jeter un coup d’œil dans SL, et vous verrez 😉

L’organisation d’éléments (d’une certaine forme ou d’une certaine nature) dans un espace est le point de départ de toute pensée, de tout raisonnement, de toute transmission/apprentissage. Tous les espaces ne sont pas des espaces géométriques, bien sûr, au sens où les points y sont des lieus, des endroits, entretenant les uns avec les autres des rapports d’un type très particulier (reposant sur la notion de distance), tandis que les « objets » se caractérisent par une étendue, une forme et une orientation. Mais ces espaces géométriques nous sont si familiers que leur utilisation nous est d’emblée extrêmement naturelle, « immédiate ». Et dès lors, la supériorité des espaces tridimensionnels sur les espaces bidimensionnels relève de l’évidence.

Si l’introduction et la maîtrise de la perspective ont joué le rôle que l’on sait dans l’histoire de l’art et de la représentation socio-culturelle de l’espace, c’est bien parce que l’introduction d’une troisième dimension ouvre naturellement toutes sortes de… perspectives, justement ! Mais la perspective dans un tableau, sur une image ou sur un écran, reste au niveau de la 2D : rien ne « sort » de la toile, qui est plane, et les parties cachées des objets le demeureront à jamais. C’est le peintre qui choisit le point de vue : pas très « participatif », tout ça ! 😉

Bref, la capacité d’organisation (ne parle-t-on pas également d’architecture de la pensée ?) des objets/concepts/idées/mots/images dans un espace géométrique, situatif, et la capacité associée de rendre manifeste les rapports que ceux-ci entretiennent entre eux, sont évidemment bien supérieurs dans un espace à 3D que dans un espace bidimensionnel : il ne viendrait à personne l’idée de contester l’intérêt de la 2D – de l’image – par rapport à la 1D toute linéaire, et a fortiori de la 0D – un simple point, où tout est donc superposé et confondu ! (C’est d’ailleurs sans doute la considération du 0D, où rien n’est « distinguable », qui fait le mieux ressortir l’intérêt, voire l’essence de la spatialisation…)

[NB : si la perspective permet d’introduire la profondeur sur un plan bidimensionnel, qu’on y songe un peu : dans un espace 3D, la perspective, ce serait de la 4D… Voilà du nouveau pour la perception, la compréhension et la conscience !]

Mais revenons au web traditionnel – c’est-à-dire le vieux web, celui d’aujourd’hui. Si je considère qu’il sera rapidement dépassé, dans la grande majorité de ses usages, c’est aussi parce que ma courte expérience du monde virtuel de Second Life a suffit à rendre ma navigation sur Internet un peu frustrante, gauche : je voudrais zoomer, changer de point de vue, passer derrière, voir des objets et non des images. Et puis, il ne faut guère plus de quelques minutes d’interaction avec des avatars de SL pour comprendre la puissance incontournable qu’offre la localisation, fût-elle virtuelle. Les avatars, ce sont ces corps virtuels – au sens propre si je puis dire ! – qui ont en effet tous les attributs d’un corps, qui sont animés par votre conscience, votre volonté, bref, qui sont ni plus ni moins ce qu’est votre corps biologique dans ce monde (disons le monde physique ordinaire).

La nouveauté cruciale, la voici. Quand vous surfez sur le web, quand vous « tchatez » avec un ami ou que vous envoyez un courriel, vous êtes dans un monde virtuel qui offre un avantage extraordinaire : une connexion quasi-instantanée entre des éléments d’information et/ou des personnes localisées en des points différents de l’espace ordinaire, d’un bout à l’autre de la planète. Sur le web, les rencontres existent et sont possibles indépendamment de la position géographique des interlocuteurs ou des serveurs informatiques hébergeant les données informatiques consultées. C’est remarquable, parce que ce monde virtuel – le cyberespace – est délocalisé. Mais justement… il est délocalisé ! Par essence, donc, on perd un élément : la localisation !

Et c’est cela que Second Life (ou d’autres mondes de ce type) corrige, réalisant une localisation délocalisée, offrant les avantages de la délocalisation physique (l’essence du vieux web), mais permettant la spatialisation des interactions. Car en plus d’offrir un environnement 3D utile pour l’organisation des informations et la manipulation d’objets de type familier (mais pouvant remplir des fonctions très diverses), SL offre une localisation effective. Virtuelle, mais… si j’ose dire… bien réelle !

Une discussion dans Second Life est ainsi toujours associée à un lieu : vous êtes à la montagne, ou bien à la mer, le Soleil se couche, il fait nuit, au moment où votre interlocuteur vous dit telle chose, un oiseau passe, une vague se brise sur le rivage. Vous pouvez être en conversation avec une amie à 7 000 km de vous, mais vous êtes là, bel et bien, dans un même « lieu ». Dire que ce lieu est virtuel n’a pratiquement aucun sens, d’ailleurs : tous les lieux ne le sont-ils pas, au fond ? Plus tard, en repensant à votre conversation, vous vous souvenez de l’ambiance, de la lumière, de tel événement survenu indépendamment de vous, le passage d’un goéland, le passage près d’un cyprès agité par le vent… Vous êtes dans un monde. Vous êtes localisé. Et lors de votre prochaine rencontre, vous vous souviendrez de ces éléments du « décor », de ces « scènes », de ces contingences !

Et même si vous ne faites que consulter une « bête page web », le faire dans tel lieu à votre goût plutôt que dans tel autre relève maintenant (ou relèvera très bientôt) de votre choix, de votre « liberté environnementale » en quelque sorte.

Voilà pourquoi la prédiction d’une fin progressive mais rapide du web traditionnel est aisée. Pour le résumer en une image claire, je dirais que l’arrivée de la 3D effective, situative et paysagée dans le cybermonde va supplanter le web traditionnel non situé et bidimensionnel (des pages et des images planes) de la même manière que l’interface graphique de Macintosh avec ses fenêtres et ses icônes géométriquement situées dans un plan a relayé l’interface à ligne de commande unidimensionnelle.

Bien sûr, il y a et il y aura toujours des gens utilisant les lignes de commande, qui sont mieux adaptées pour certaines opérations techniques bien spécifiques. Mais cet usage est très limité en pratique et en étendue (il est même probable que certains lecteurs de ce blog ne sachent pas de quoi il s’agit !), et il ne fait pas le moindre doute que la révolution de l’Internet n’aurait jamais eu lieu si les ordinateurs domestiques utilisaient les lignes de commande. Je vous laisse donc extrapoler à la dimension supérieure…

Tiens, ne viens-je pas d’utiliser une expression éloquente ? « Avoir lieu »… Si « avoir un lieu » a pris la signification de « se produire », « exister réellement », ce n’est assurément pas un hasard !

Alors, à bientôt dans Second Life : le virtuel prend corps, ne restez pas sans avatar !

Tenez, d’ailleurs, qu’est-ce qu’un corps ?
Très bonne question ! Mais on en parlera une autre fois… 😉

ET

PS : Les Humains Associés viennent d’ouvrir leur île dans SL : « l’Ile Verte », une merveille ! Lieu de paix, forum humaniste, scientifique, poétique, culturel, humanitaire, bref, tout « Les Humains Associés » spatialisé dans l’u-topie de leur vision intemporelle…

Cinq choses que vous ignorez (à mon propos)…

Paix, lumière, beauté, joie, vie, santé, amour !

Excellente année à tous !

Ce billet est une réponse à l’invitation de la femme aux semelles de vent, qui m’a « taggué » pour un « petit jeu social » qui consiste à dévoiler (oh oh !) cinq informations inédites ou insolites (sur soi-même), et à relancer la chaîne en tagguant cinq autres personnes… habitant la blogosphère naturellement ! 😉

La femme aux semelles de vent disait : « Pour commencer l’année, un peu d’esprit ludique dans un monde trop sérieux… ». Comme en dépit du point 1) ci-dessous (ou bien précisément pour cette raison !) je ne saurais me soustraire à la moindre de ses invitations, voici :

1) J’ai une fâcheuse tendance à ternir d’un esprit trop sérieux un monde pourtant ludique…
[Il paraît que ça se soigne… l’esprit sérieux, pas le monde ludique ! Elfes et fées, fleurs à clochettes : « au secours ! ».]

2) Au temps où j’étais chanteur de reggae, je bénissais la surdité avancée de ma voisine !
[You’re running and you’re running and you’re running away, But you can’t run away from yourself!]

3) À l’oral de Polytechnique, avec des babouches que j’avais repeintes en vert/jaune/rouge et un pantalon fait maison (vive le Marché Saint-Pierre !), je me suis fait sortir au beau milieu de la colle pour un motif sans appel : erreur dans le développement limité de sin x !
[Ouf ! J’ai évité l’armée…]

4) Je crois aux miracles !
[Pour de vrai !]

5) Mon esprit est assez embrouillé. En fait, je ne suis pas tout à fait sûr de venir d’Orion. Peut-être est-ce en réalité de Sirius, ou encore de Canopus…
[Bon, bah alors, je continue les recherches…]

Salutations distinguées à la f.a.s.d.v. !

Je taggue à mon tour Les Humains Associés, Philippe Quéau (Metaxu), Jean-Jacques Dorio (poésie mode d’emploi), Albert Palma (les gens de geste), Alain Juppé !

ET