Éclipse et apparition : clair d’anneaux sur Saturne !

Ô Gloire Ô Majesté Ô Symphonie de Grâce
Ô chant sacré du Vide, hanté des prodiges de l’astre
Signe, clarté subtile, voix limpide de la Lumière
Illumine de Vérité, dans la poésie de l’espace
Le chœur exalté de l’Éther

C’était il y a un peu plus d’un mois, le 15 septembre 2006. La sonde Cassini, en orbite autour de Saturne, a pris une série de photographies exceptionnelles de la planète géante et de ses anneaux, pour nous présenter cette image époustouflante. Jamais encore on n’avait vu cette toupie de gaz auréolée en pareilles circonstances : comme le révèle subtilement le pourtour étincelant du disque planétaire, nous sommes ici en présence d’une extraordinaire… éclipse de Soleil !

La sonde étant passée dans l’ombre de la planète, à quelque deux millions de kilomètres de sa surface, le Soleil a disparu du ciel l’espace d’une douzaine d’heures. Mais de cette « disparition » (ekleipsis, en grec), surgit l’apparition magique des anneaux en lumière rasante, et plus extraordinairement encore, celle de la face nocturne de Saturne illuminée par la lumière solaire diffusée par ces anneaux mêmes !

C’est ce qu’on pourrait appeler, sans usurper le langage imagé du cosmos : un clair d’anneaux…

On connaissait le clair de Lune, éclat du Soleil réfléchit de nuit sur la Terre par son imposant satellite. On connaissait aussi ce merveilleux clair de Terre, tellement fragile, tellement émouvant, visible aux jours de fine Lune, lorsque la lumière solaire réfléchie par la Terre vient éclairer d’un brun rougeâtre le disque de la nuit lunaire, complétant sobrement dans le ciel indigo crépusculaire le tout premier ou tout dernier croissant sélène. Cette fois, c’est l’obscurité saturnienne qui recule avec élégance devant l’ardeur feutrée de multiples anneaux, s’offrant ainsi à la lumière diffuse d’un Soleil là distant de près d’un milliard et demi de kilomètres.

Mais quelle beauté que ce jeu d’ombre et de lumière, comme la secrète incandescence de l’espace lui-même !

Ô quelle joie silencieuse et infinie se révèle en ce ballet cosmique inattendu !

Diaphane est l’espace. Glorieuse est la bonté du vide.

Et comment ne pas penser aussi, en contemplant cette merveille, à ce vers fulgurant, cette fameuse incantation mystique de Djalal-ud-Din Rumi (merci à la femme aux semelles de vent) : « Ô jour, lève-toi, les atomes dansent ! » ?

Puisque « profane » signifie « hors du temple », alors il n’est rien de profane en ce monde : le vide, où la matière s’abreuve et la lumière s’enflamme, le vide où la beauté s’exalte en une grâce vive, le vide est un temple !

Et comme pour saluer discrètement le voyageur émerveillé, une tache à peine perceptible est venue se glisser sur l’image. Ce point de lumière infime, insaisissable, surpiquant légèrement la trame délicate de cette fresque symphonique, et que la perspective a placé sur la gauche de l’image, un peu au-dessus des anneaux les plus brillants et juste à l’intérieur d’un autre anneau plus faible, le voyez-vous ?

C’est la Terre !

E.T.