Bienvenue à Gotham city !


Froide et distante me paraît la ville de Chicago.

Impassible… et comme indifférente à sa propre grandeur, comme si elle-même n’y croyait pas vraiment. Comment y croire, d’ailleurs ? Comment résister à l’impression que ce « Chicago downtown », est d’abord un décor – décor magistral, certes, mais décor tout de même, au gigantisme souvent tristement inutile.

Haut, très haut, encore plus haut. Mais pourquoi ?

J’ai demandé à plusieurs collègues s’ils trouvaient cette ville belle, et leur réponse a toujours été la même : « Oh, oui ! C’est vraiment impressionnant ! ». Cela me paraît tout à fait caractéristique : la question porte sur la beauté, la réponse sur l’impression produite – en l’occurrence une impression de grandeur, de puissance… et, forcément, d’écrasement.

Alors, j’ai beau faire des efforts – et je concède volontiers que certains buildings ont une allure élégante et étonnamment inventive (constamment réinventer et renouveler le parallélépipède rectangle relève souvent de la gageure, et, pourquoi pas, de l’art) !–, mais j’ai vraiment du mal avec cette architecture impériale, écrasante, ces rues trop propres, trop régulières, ces bâtiments trop lisses, trop soignées. Sans parler des bâtiments qui sont à mon sens véritablement laids !

Mais après tout, l’esthétique n’a pas de caractère universel. Je ne manifeste peut-être là qu’une incapacité banale à dépasser un certain choc culturel… J’ai pourtant trouvé dans bien des villes de bien des cultures du monde une qualité de douceur et d’humanité, une magie, une musique intime incomparables à ce que je parviens à saisir ici. Et dans le registre de la démesure, l’âme de New York ou de Tokyo n’est-elle pas bien plus riche et finalement bien plus subtile que celle de Chicago ?

Enfin, toute relative que puisse être l’appréciation de la beauté et de l’harmonie architecturale, je doute que les amoureux de Chicago les plus inconditionnels (apparemment, ils sont nombreux !) trouvent réellement beaucoup de grâce à des bâtiments tels que celui-ci :

Il s’agit pourtant de l’opéra lyrique de la ville ! Au risque de choquer les amateurs de ce bâtiment « grandiose », digne représentant du plus pur style stalinien, je dirai tout nûment qu’il me coupe singulièrement l’envie de chanter !
Par bien des aspects, Chicago rappelle la fameuse Gotham city de Batman… L’architecture y est souvent « gothique », parfois jusqu’au malaise, et la pierre surabondamment ciselée ne parvient pas à faire oublier la rigidité des lignes exclusivement verticales et horizontales, et la répétition des mêmes motifs litérallement jusqu’aux nuages semble n’avoir d’autre but, au bout du compte, que de rappeler sans cesse au passant qu’il est petit, tout petit, insignifiant. Si c’était au nom de l’humilité, pourquoi pas ? Mais c’est bien sûr tout le contraire : « tu n’es rien, et je suis tout », « tu n’es rien, mais l’empire est immense et inébranlable », « tu n’es rien, mais la puissance qui te domine peut tout ». Y compris… renverser le cours des rivières !

Je l’ai appris de la bouche d’un de ces amoureux de Chicago pourtant pas plus américain que vous et moi (à moins qu’on ne me lise outre-atlantique ;-)… ) : un jour, il a été décidé que la rivière Chicago qui se jettait dans le lac Michigan depuis la nuit des temps, coulerait dorénavant dans l’autre sens, non plus vers, mais à partir du lac… Et ainsi en fut-il !

Et pourtant…

à quoi bon gratter le ciel si on ne sait pas voler ? 😉
ET

Une réflexion sur « Bienvenue à Gotham city ! »

  1. Je ne connais pas Chicago, mais j’avoue que je trouve un certain esthetisme a ces lignes verticales typiques des grandes villes americaines (je connais surtout San Francisco).

    Et je laisse Milan Kundera resumer ma pensee dans ce passage tire de « L’insoutenable legerete de l’etre » :

    « En Europe, la beauté a toujours eu un caractère intentionnel. Il y a toujours eu un dessein esthétique et un plan de longue haleine ; il a fallu des siècles pour édifier d’après ce plan une cathédrale gothique ou une ville rennaissance. La beauté de New York a une toute autre origine. C’est une beauté non-intentionnelle. Elle est née sans préméditation de la part de l’homme, comme une grotte de stalactiques. Des formes, hideuses en elles-mêmes, se retrouvent par hasard, sans plan aucun, dans d’improbables voisinages où elles brillent tout à coup d’une poésie magique. »

    En tout, j’ai toujours beaucoup de plaisir a photographier cette architecture urbaine !

    Guillaume

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