Haïfa et cætera

Il y a quelques jours, je postais ici-même un hommage à la Méditerranée et à ses terres enchantées, dans lequel j’évoquais en passant un souvenir ému de la ville de Haïfa, sise là-bas, tout au fond de cette mer, sur son rivage le plus oriental. J’ignorais que peut-être au moment même où j’écrivais ces lignes, le Hezbollah lançait une attaque peut-être historique contre Israël (par l’ampleur des conséquences encore imprévisibles qu’elle pourrait avoir, à ce moment si particulier de l’histoire du Proche-Orient), et que des roquettes ou des missiles tombaient ou allaient tomber sur les flancs de la ville.

J’avais bien sûr mentionné que « les conflits et les dissonances humaines n’ont jamais épargné les rivages de la Méditerranée ». Comment l’omettre, en effet, lorsqu’on évoque cette terre tellement chargée d’histoire et animée d’aspirations si hautes et si contradictoires ? Le drame, dans le sens plein du terme, qui se joue en ce moment même au Proche-Orient, est d’une portée sociétale et civilisationnelle considérable, difficile à appréhender dans toute sa vérité sans s’imposer à soi-même une rigueur intellectuelle et une humilité auxquelles peu de nos concitoyens, pour le moment du moins, semblent prêts à accéder. C’est d’autant plus regrettable que les enjeux sont sans doute les plus vertigineux que nous ayons eu à considérer depuis longtemps, avec à la clé la possibilité d’un conflit nucléaire, accompagné d’une guérilla terroriste à l’échelle planétaire.

Je n’en ai rien dit jusqu’à présent sur ce blog, et je n’en dirai probablement pas davantage à l’avenir, préférant concentrer mes interventions, réflexions, questionnements, indignations, engagements, etc., sur d’autres sites Internet plus directement concernés par ce genre de problématiques. Je donne donc rendez-vous ailleurs sur la toile à mes éventuels lecteurs qui souhaiteraient débattre de ces sujets et de bien d’autres encore. Il y a bien sûr les forums des principaux journaux français, toujours instructifs, mais je recommande surtout les forums en ligne des Humains Associés, association la plus précieuse que je connaisse et à laquelle je m’associe pleinement. Certaines de ses activités ont lieu sur Internet : voir le site de l’association et ses nombreux recoins, ainsi que ses autres sites, notamment Cyberhumanisme et Pax Humana. Voir enfin, si l’on est intéressé, la note de wikipédia

Ce forum humaniste aborde aussi de nombreux sujets de société, dans un esprit qui devrait vous convenir si vous aimez ce blog, et que je n’ai hélas ! rencontré nul part ailleurs sur le web…

À bientôt,

ET

PS : une pensée toute particulière pour Yamia et pour mes collègues Arnon et Schlomo, eux aussi concernés, outre l’épanouissement de l’Homme et la Paix dans le monde, par l’astrophysique des hautes énergies.

Nénuphar à la coque

Vraiment, que la Nature est facétieuse !

Passant il y a peu près d’une fontaine à la vasque de pierre élégante, ornée de nymphéas paisiblement offerts au soleil de la mi-journée, j’ai trouvé, posé entre les larges feuilles arrondies à la surface de l’eau… un œuf à la coque !

Délicatement enchâssé dans son coquetier végétal, il avait l’air si tendre et d’une si grande richesse nutritive ! Loin s’en fallait pourtant qu’il s’agît d’une nourriture protéique pour nos avides corps de chair.

Un jour, c’est sûr, un poussin tout nouveau, tout frêle, tout émouvant s’envolera d’un nénuphar ! Comme quoi, la poésie est au creux des fontaines qui piaillent, qui piaulent et qui pépient. (Je commence à me demander si ce n’est pas vrai, finalement que les bébés naissent dans les choux !)

Ayant eu l’occasion de passer trois jours près de cette étonnante fontaine, nid aquatique insolite pour de bien étranges fruits, je pus suivre le développement de la couvée…

jusqu’à l’éblouissante éclosion :

…qui se passe de commentaire – à moins d’exhausser le langage au registre stellaire, voire cosmique.

Je vous laisse donc admirer, avec en prime, un petit podcast façon N90 :

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Au fait, vous préférez quoi ? « Nymphéa » ou « nénuphar » ? Le premier est d’origine grecque, le second, d’origine arabe ? Révérence parler envers Claude Monet (et peut-être en partie pour lui laisser la singularité de l’évocation picturale – d’ailleurs sublime !), je crois que je préfère « nénuphar », nymphéa étant peut-être un peu trop docte. La racine grecque, en revanche, s’applique à merveille à la légèreté et à la grâce des nymphes, lesquelles peuvent parfaitement danser parmi les nénuphars, se perchant sur les tiges, plongeant avec élégance et se séchant sur les larges feuilles arrondies… (Désolé, mon appareil était hors d’atteinte quand elles se sont montrées – comme par hasard ! 😉 )

En tout cas, celui-ci, si je ne m’abuse, est un nénuphar blanc, ou Nymphaea alba, d’un blanc d’aube, en effet, et quelle aube ! [Serait-ce celle qui se lève à l’Orient de l’âme, très chère femme-aux-semelles-de-vent ?]

ET

Coup de boule

Bon, bon, d’accord, c’est promis Tristão, je ne le dirai plus !

Ce fameux match de finale de la coupe du monde de football 2006 se passe vraiment de commentaire. Ou alors il y aurait à écrire une thèse entière sur le sujet !

Il serait bien mesquin – et j’ai de toute façon trop d’amis italiens pour m’aventurer sur ce terrain (de foot) – de remarquer que l’équipe de France a mieux joué, mieux construit, mieux respecté l’esprit du jeu… jusqu’à ce fameux coup de tête de Zidane qui, sur le moment, m’a passablement choqué – et je dirais même coupé le souffle (quoique peut-être un peu moins qu’à Materazzi ;-)) –, mais dont je me suis ensuite rendu compte qu’il avait aussi des vertus intéressantes.

Après la stupeur face à ce geste absurde et pour tout dire « primaire », j’ai bien sûr ressenti une réelle tristesse en voyant ce joueur exceptionnel terminer sa carrière sur un carton rouge, à quelques minutes du sacre ou d’une seconde place parfaitement honorable (et presque miraculeuse !) en Coupe du Monde, et quitter le terrain piteux, sans doute meurtri par son propre geste, pour un comportement détestable offert à la consternation de plus d’un milliard de téléspectateurs !

Ah, ça c’est sûr, ça casse le mythe !

Mais justement, une fois l’émotion passée (et c’est le propre de l’émotion que de passer très vite, n’est-ce pas ? – preuve qu’elle pas grande valeur), n’est-ce pas finalement la meilleure chose qu’on eût pu souhaiter à Zidane ?

Cette image d’un Zidane tout doux tout gentil, un quasi sage, un quasi Saint, ce sont avant tout les medias et les publicitaires qui la lui ont bâtie (ou du moins fortement suggérée). Rien à voir, pourtant, avec la réalité ! Quand on ne connaît rien au foot (c’est mon cas !), on veut bien y croire : on admire la maestria de l’artiste (ça, c’est visible pratiquement à chaque balle qu’il touche), et si l’homme est en outre la douceur même, plein de respect pour le jeu et les joueurs, eh bien, c’est formidable ! Pourquoi pas ? On ignore que Zidane a déjà de nombreux cartons rouges à son actif. On croit qu’il a toujours été parfait, humainement parfait tout au long de sa carrière, et qu’il n’est finalement tombé qu’à la toute dernière minute, poussé par un destin tragique, comme s’il avait par offenser quelque dieu olympien par sa grâce… Billevesées ! Mais qu’importe ?

Qu’importe pour nous : franchement qu’est-ce que ça change ? (Zidane n’est plus un héros ? Mais l’était-il vraiment ? Ou bien certains ont-ils joué à le croire – avec quelle naïveté ! – ? Non, vraiment, Zidane est un joueur de football, un immense joueur d’accord, l’un des meilleurs, peut-être le meilleur de ces dernières années, mais restons sérieux…)

Et qu’importe pour lui ? Il est ce qu’il est, après tout. Si ça ne plaît pas, on se détourne. Si ça plaît, on adopte. Si ça indiffère, on passe son chemin – avec (quant à moi) ou sans une révérence devant le talent.

Alors je me suis demandé si, outre Materazzi, ce n’était pas aussi aux médias sans scrupules et à ses fans transis que Zidane avait mis ce coup de boule magistral. « Voilà qui je suis aussi, et merde ! » Peut-être est-ce cela le véritable message derrière ce coup de tête. Et en retour, ne serait-ce pas le respecter davantage que de l’accepter tel qu’il est ? Et pour cela, ne faut-il pas déjà reconnaître qui il est ?

En tout cas, ce geste, tellement chargé de sens, tellement symbolique, à un moment tellement particulier pour le joueur de football Zidane, ce geste n’est pas, ne peut pas être un hasard. Aussi, en détruisant le mythe lors de son dernier match, de manière aussi radicale, c’est comme si la Providence lui avait permis de faire ses adieux aussi à cette image stupide, puisque illusoire, qu’il n’avait d’ailleurs probablement jamais sollicité lui-même !

Sur ce coup de tête, Zidane n’a pas triché. De cela, il peut être fier. Pourquoi pas ?

Ce n’est pas un exemple à suivre ? Ah ça non ! Mais après tout, pourquoi devrait-il l’être ? D’un point de vue sportif, c’est hautement condamnable. Cela a d’ailleurs été condamné – on ne peut plus justement. Ça méritait incontestablement un carton rouge. Il a reçu un carton rouge. Parfait. Fin de l’épisode.

Pour le reste, l’équipe de France a perdu. Ni bien, ni mal. Bon, on peut passer à autre chose. Et d’autres choses, tellement plus sérieuses et plus graves, ça c’est sûr, il y en a !

En attendant, j’ai pensé à une chose amusante : dans mes premiers podcasts (cf. posts de fin mai–début juin : ici, , et ), j’ai assisté avec étonnement à la liesse générée à Catane, en Sicile, par l’accession de l’équipe de football de la ville à la première division). En essayant de comprendre la raison d’un tel déferlement d’émotion, je m’étais souvenu que le football représentait pour les italiens, de leur aveu même, une des choses les plus importantes de la vie (sociale ?), et je m’étais dit que l’un des moteurs de la joie fébrile de ces supporteurs pouvait être la perspective, en passant en première division, d’accueillir sur leurs sol, dans leur stade, les héros que ne devaient pas manquer de représenter pour eux les joueurs de la mythique Juventus de Turin. Oui, ils allaient faire le déplacement jusqu’à eux ! Peu importe ensuite que les joueurs de Catane s’inclinent devant une équipe probablement beaucoup trop forte pour qu’ils puissent faire illusion très longtemps (encore que, sait-on jamais… devaient penser les plus hardis) : ils seraient là, sous leurs yeux admiratifs, pour un match de rêve, un conte magique pour des enfants émerveillés.

Seulement voilà. Le sport professionnel en général (et le football en particulier – spécialement en Italie !), étant devenu ce qu’il est, Materazzi et ses co-équipiers ne viendront pas à Catane !!! Ils ont été rétrogradés en une division inférieure (pour malversation, tricherie agravée, entente crapuleuse avec les arbitres, etc.), au moment même où Catane accédait au saint des Saints du football ! Quel ironie !

C’est ainsi : ce sont toujours les mêmes qui font les frais de la trahison des rêves par ceux-là mêmes qui sont censés les incarner : les enfants de Catane aux yeux émerveillés ne verront pas le Père Noël aux rayures blanches et noires !

Qu’ils se rassurent : il y a d’autres Pères Noël, moins mercantiles, moins mesquins, moins vénaux. À chacun d’en guetter les signes discrets dans son cœur et dans son âme, là où les rêves ne se brisent que pour donner vie à des rêves plus limpides et plus merveilleux encore, où les insultes les plus primaires sont devenues des odes angéliques, les coups de boule des caresses divines, et les coupes du monde des cieux embrasés de lumière sacrée, où l’âme se projette dans l’extase de l’harmonie
et de la grâce.

À bon entendeur, salut !

ET

Méditerranée

Si particulière est la caresse de cette mer miraculeuse, d’où l’esprit le plus pénétrant et l’âme la plus subtile n’ont cessé de souffler de concert depuis tant de siècles et de millénaires, que les terres qui la bordent et l’accueillent en leur écrin minéral, végétal et spirituel se sont hissées ensemble à cette qualité unique de lumière et de cœur qui les conjoint dans la douceur et la beauté, pour enfin les unir dans la grâce…

Plus encore que par la limpidité de ses flots et la magnificence de son intégrité marine, cette mer au milieu des terres, cette « méditerranée » à l’onde exaltée par la splendeur des cieux qu’elle reflète, est grande par le souffle des esprits qui l’animent et s’y animent, par l’aménité de la terre qui s’y offre aux Hommes et l’humilité des Hommes qui servent la terre en retour avec amour et gratitude.

Ayant eu la chance de marcher le long de ces rivages en diverses contrées du pourtour méditerranéen, et plus encore à « l’intérieur des terres » (comme on dit parfois, sans se douter que le mot intérieur peut se charger ici des résonances les plus intimes), je fus frappé maintes fois par l’unité des paysages qui s’y déploient. De la découpe des roches argentées, timidement affleurantes, à la sérénité agraire de sols riches ou rocailleux, tout indique la similitude des formes et la fraternité secrète des lieux, et c’est comme si les arbres par leurs vivantes racines, les insectes par leurs stridulations nocturnes, les fleurs et les plantes par leurs parfums diffus et vagabonds, ne cessaient de communiquer, de communier même, d’un bord à l’autre de ce vaste berceau d’humanité.

Andalousie, Provence, Corse, Toscane, Sicile, Grèce égéenne, Galilée, basse Égypte, Maghreb…

Un même souffle, une harmonie, une communauté à découvrir, à rêver, à construire ou à reconstruire…

Et peut-être l’olivier comme emblème ? Ou comme une prière…

Voici des oliviers admirés en Sicile il y a six semaines (cliquer pour agrandir) :

en Provence, dans les Alpilles, il y a deux jours 😉 :

au pied de Jérusalem et du mont des oliviers, dans le jardin de Gethsémani, il y a un an :


Ces derniers sont un peu différents d’aspect, certes, mais il faut sans doute préciser qu’ils ont rien moins que deux mille ans ! Le nom « Gethsémani », c’est-à-dire « le pressoir à huile », en araméen, rappelle l’usage millénaire des olives dans la région. Jésus, qui semble-t-il affectionnait tout particulièrement ce lieu, aurait observé les premières floraisons de ces arbres mêmes…

Unité, donc, de cette terre faite jardin par le travail et l’attention des Hommes. Les mêmes jasmins embaument les rues de Taormina ou du Caire, les bougainvilliers fleurissent tout pareillement à Florence ou à Tel-Aviv, et les émanations aromatiques de cette lavande et de ce romarin que je laisserai ce soir infuser dans ma tisane provençale sont identiques à celles dont je me délectais l’an dernier sur le mont Carmel à Haïfa. C’est là, sur le campus du Technion Institute, qu’en cette nuit de Lune blonde où leur présence quasi mystique faisait de tout l’espace un temple, les pins d’ombre et d’azur, enracinés dans leur absolu même, me sont apparus, suspendus dans le silence, dans la Grâce angélique de leur universalité. [Merci, Arnon, pour cette invitation magique et providentielle…]

Bien sûr, les conflits et les dissonances humaines n’ont jamais épargné les rivages de la Méditerranée – preuve sans doute que son aura sacrée n’en encore qu’une promesse, un rêve à achever… Mais la nature apprivoisée, travaillée dans la tendresse et l’humilité, a tant été bénie par les Hommes et leurs Dieux qu’elle peut à présent les bénir en retour, et faire vivre l’espoir d’une vaste communauté, philosophe et mystique, fraternelle et sensible, gracieuse et apaisée, en un seul mot : humaine !

ET