Fluctuat nec mergitur

Après les eaux de mars (cf. post d’hier), voici les eaux d’avril : 😉

Fluctuat nec mergitur

La Seine, à l’abord de l’île de la Cité. Et Notre-dame, bien sûr…

Le navire — je devrais dire la nef ! — tangue un peu au bout de mon objectif, mais n’est pas submergé. Nec mergitur !

Comme le crépuscule descend, je regagne la rive à la nage 😉 :

Fluctuat nec mergitur

C’est beau, Paris !

ET

São as aguas de março

L’eau, la vie, Mars…

C’est étonnant comme notre vie mentale est balisée de toute part sans que nous en ayons vraiment conscience. Je ne parle pas ici des conditionnements en tout genre qui accompagnent notre vie quotidienne – conditionnements d’ordre social, politique, familial, civilisationnel, qui sont légion ! Mais sans qu’on le sache vraiment, on a tout un tas de conceptions sur le monde, l’univers, la vie, la matière, le temps, les animaux, le sommeil, les rêves, qui forment une sorte de cadre général à notre vie. Des croyances, au sens plus encore ethnologique que psychologique. On ne les formule pour ainsi dire jamais (pas même à soi-même), mais si on venait à apprendre qu’elles sont fausses, on en serait très surpris, voire bouleversé, et c’est ainsi qu’on apprendrait qu’elles exerçaient une sorte de poids caché sur notre esprit, une influence occulte sur notre conscience.

Il fut un temps où l’on pensait que la Terre était plate, ou que le Soleil tournait autour de la Terre. On ne se le disait pas tous les matins en se rasant – il est probable même que la plupart des gens n’avaient jamais réalisé qu’ils pensaient cela, qu’il y avait cela à l’arrière-fond de leur conscience. Mais un jour, on apprit qu’il n’en était rien.

Et pourtant, après tout, qu’est-ce que ça change ?

Or c’est cela que je trouve étonnant. Au fond, que le Soleil tourne autour de la Terre ou que ce soit l’inverse, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Quiconque abrite en soi la flamme de la vérité jugera cette question parfaitement hérétique. Dangereuse, même, pour la connaissance, et même, bien au-delà de notre civilisation présente, pour l’humanité. Je partage totalement cet avis ! Et pourtant, il faut bien reconnaître que, dans les faits, la mécanique céleste n’a pas la moindre incidence sur la vie des citoyens, et même dans une large mesure sur leur représentation du monde.

C’est là où je voulais en venir.

Prenons un exemple : il y a ceux qui croient aux extraterrestres et ceux qui n’y croient pas. Étrangement, ils vivent très bien ensemble ! Heureusement, me direz-vous (certes !), mais c’est tout de même étrange qu’on puisse avoir des perspectives totalement différentes sur des questions parfois assez fondamentales et ne pas y accorder la même importance. Pire, on n’y prête en réalité pas la moindre attention !

J’ai mentionné cette vieille question des extra-terrestres pour une raison liée à la photo de Mars ci-dessus, mais il y a bien d’autres exemples plus fondamentaux : la matière, l’esprit, la réincarnation, Dieu, le CPE (OK, c’était pour rire 😉 )…

Une personne croyant à la survie de la conscience après la mort peut parfaitement vivre à côté d’une autre qui n’y croît pas, sans que jamais la question ne soit abordée, et sans que leur vie, leurs paroles, leurs actions soient le moins du monde distinguables ! Toutes deux peuvent même vivre ou travailler avec une autre qui ne s’est pour le coup jamais posé la question à elle-même ! Il y a probablement une croyance de cet ordre dans le fond de son esprit (de sorte qu’elle serait surprise d’apprendre qu’il en va de telle façon ou de telle autre), mais elle l’ignore, ou bien tout simplement s’en moque éperdument : ça n’a pas d’incidence sur sa vie, même mentale !

N’est-ce pas le signe que nos vies sont vraiment étriquées ? Que nos rapports humains sont terriblement maigres et sans substance, puisque nous nous cantonnons manifestement toujours à des domaines de notre expérience qui ne font pas appel à ces croyances cachées, toile de fond pourtant rigide de notre réalité mentale ? Ni avec les autres, ni pour nous-mêmes, bien souvent, nous n’explorons ces franges de notre esprit qui représentent le cœur de notre représentation du monde, beaucoup plus proche de notre identité humaine que ce à quoi nous nous rattachons pour nous évaluer les uns les autres ou nous juger nous-mêmes.

Bref. Reprenons : l’eau, la vie, Mars…
Quoi qu’on en dise, cette question éveille en nous des perspectives immenses, des horizons à couper le souffle. Serait-il possible qu’il y ait eu par le passé de véritables océans sur Mars ? Si ce fut le cas, et compte tenu de ce qu’on sait aujourd’hui sur la vie et ses origines, notamment au regard des théories de panspermie (ou tout du moins des éléments tangibles qui en soutiennent le principe, comme la présence de nombreuses variétés de molécules prébiotiques dans le milieu interstellaire), il y a de fortes chances que de la vie, au moins dans ses expressions les plus simples, ait bel et bien pris forme sur Mars ! Oui, sur Mars ! Aussi près ! Et si de l’eau liquide subsiste dans le sous-sol martien, cette vie pourrait même persister aujourd’hui ! Oui, si près dans l’espace-temps !

Quoi qu’il en soit, si de l’eau à l’état liquide a bien recouvert de vastes régions de la surface de Mars, il faut s’attendre à ce que des sels s’y soient formés, par exemple des sulfates ferreux. En s’évaporant (puisque manifestement, ces mers ont disparu), l’eau aurait fatalement laissé de fortes concentrations de ces sels sur le sol (un peu comme on observe de vastes champs de sel sur certains plateaux andins…). Comme on aimerait pourvoir observer ces fins cristaux argentés briller dans le soleil de Mars ! Mais bien sûr, les vents martiens n’auraient pas manqué entre temps de recouvrir ces sels d’une couche de poussière plus opaque, de ce fameux ton rougeâtre qui donne au sol de cette planète sa coloration si particulière. Mais imaginons, juste pour rire, qu’un véhicule venu d’ailleurs se pose sur cette planète, et se prenne à arpenter quelques arpents de cette terre jadis immergée. En patinant quelque peu dans le sable léger, elle pourrait retourner la poussière et présenter à la surface un sol plus clair ou plus brillant. Non ?

Eh bien regardez à nouveau la photo en tête de ce message…

São as aguas de março
fechando o verao
é a promessa de vida
no teu coração !

(Un salut en passant au merveilleux poète : Antonio Carlos Jobim !)

ET

Finir par être…

Au hasard de rebonds successifs de site en site sur Internet, je suis tombé sur un dictionnaire kabyle/français, à la lettre « f », où j’ai pu lire ceci :

Fak : achever
Fakel : être
Fakk : terminer

Je ne connais rien à la langue kabyle, mais je présume que les mots « Fak » et « Fakk » ont étymologiquement la même racine, puisqu’en plus de leur écriture — et probablement de leur prononciation —, leur signification est proche. Du coup, en voyant le mot « être » coincé entre ces deux verbes, je me suis dit qu’il avait peut-être aussi la même racine en kabyle…

Ce serait très intéressant. Il y aurait dans l’être quelque chose de l’ordre de l’achèvement. Comme une promesse, une aspiration. Non pas simplement une attente, mais quelque chose qui relève d’un processus actif, qui serait en cours, puisque susceptible d’être achevé… un jour. Un beau jour. Un jour extraordinaire.

Ce jour sublime où nous serons enfin !

Que l’être authentique ne soit pas donné mais à conquérir, voilà qui me semble à la fois juste et rassurant. Depuis le déchaînement de la course au « progrès », la conquête prédatrice et matérialiste du monde, la fuite en avant consumériste et satisfactionniste, on n’accorde plus la moindre attention à la qualité et à l’intensité de l’être.

Dans cette perspective sans perspective, le réel serait tout simplement donné, et donc à prendre, avec empressement et sans ménagement. La réflexion ontologique devient pour ainsi dire superflue, voire sacrilège… « hontologique ».

Aussi l’eschatologie implicite dans cette étymologie de l’être apporte-t-elle un souffle oxygénant.

Un peu d’espoir, aussi : nous allons bien finir par être ! 😉

ET

Tomber de haut…

Je tente volontairement de tenir les commentaires politiques (sauf en un sens plus général) à l’écart de ce blog, préférant concentrer mes interventions dans ce domaine sur d’autres sites, forums et blogs. Il faut dire que tout cela, vu d’Orion… 😉

Mais l’actualité est pressante, et on entend tellement de choses autour de ce fameux CPE et des manifestations qui l’accompagnent… Juste un mot, alors.

Sur les forums des Humains Associés, j’ai trouvé un lien vers un dossier intéressant réalisé par l’Express (Les racines de la révolte), dans lequel on trouve notamment ceci :

« Il y a de la dignité blessée dans la réaction des jeunes », observe le sociologue du travail Jean-Pierre Le Goff. À propos des diplômés sous-employés, François Dubet parle même de « noblesse déchue ». Les enfants nés dans les années 1980 ont été élevés dans l’idée que la jeunesse était le moteur de la société, du changement, de l’Histoire. « Ils ont été encensés avec une démagogie extrême, soutient Le Goff. On les a traités comme des citoyens à part entière bien avant leurs 18 ans. C’étaient les rois. » On leur a demandé d’être créatifs, autonomes, responsables, bref d’être les « auteurs d’eux-mêmes », comme dit Paul Yonnet. De quoi fabriquer des fils et des filles aimants pour les baby-boomers. Mais aussi – c’est le phénomène Tanguy – dépendants pour un bon bout de temps.

Un peu plus loin :

Les enfants du désir, si choyés, si aimés, prennent le réel en pleine figure. C’est un choc auquel ils étaient peu préparés. […] Cette peur irrigue toute une jeunesse victimisée qui a le blues, quelles que soient les dissensions de ses membres. Ils étaient des héros. Ils tombent de haut.

Ces analyses me paraissent très justes, et tout autant alarmantes. Il y a une forme de naïveté incroyable chez ces « jeunes », dont on ne peut bien entendu pas les tenir pour responsables, puisqu’ils sortent à peine du fantasme angélique et destructeur de leurs parents.

Dans toutes les discussions et les revendications qui se font jour autour du CPE, on note une forte captivation par une réalité imaginaire, un hypnotisme quasi religieux, dans le sens le plus primitif du terme, mélangeant la terreur d’une part et la fascination pour une construction mentale (une représentation idéalisée du monde) aussi illusoire que romantique d’autre part.

Or la rédemption de la situation présente ne saurait résider dans la consolidation forcenée (voire violente ! ) du fantasme fondateur, qui, fort heureusement en somme, prend l’eau de toute part. On ne peut pas imposer à la réalité un fantasme, ou du moins pas longtemps, et pas sans provoquer de terribles convulsions, notamment chez les plus fragiles (socialement et intellectuellement) et les moins « nantis » (comme on dit).

Comme l’analysent les sociologues, aujourd’hui les jeunes tombent de haut. Et ce qui est plus terrible encore, c’est de voir leurs parents commettre à leurs dépens la même erreur une seconde fois, appuyant dans le sens du maintien du fantasme (qui est en vérité le leur) plutôt que dans l’accompagnement vers la sortie du rêve et l’affrontement de la réalité. Car ce sont bien ces parents (à titre privé comme à titre collectif, par leurs activités dans la société) qui sont responsables pour l’essentiel de l’impréparation à ce monde de la nouvelle génération, ou à l’inverse de l’impréparation du monde aux modes de pensée et de comportement qu’il lui ont inculqués. Las de chanter des berceuses à leurs enfants (trop fatiguant, trop contraignant, trop traditionnel…), ils ont laissé la société leur en chanter. Aujourd’hui, le réveil est brutal. Car tout en répandant le mythe d’un hédonisme individualiste triomphant, ils n’ont pas rendu la société moins violente et moins destructrice, au contraire !

Aujourd’hui, le déni de réalité orchestré par la génération précédente laisse la jeunesse totalement désemparée devant un monde qui s’est par ailleurs considérablement durci. Et l’on peut s’indigner de voir à nouveau cette génération installée, médias en tête, renoncer aux débats de fond et encourager une approche formelle des problèmes actuels (dénonciation des méthodes, exacerbation des rapports de force émotionnels, etc.) plutôt qu’une recherche de voies alternatives concertées.

On a presque le sentiment que ce sont finalement les jeunes, ici, qui seraient spontanément les plus disposés à regarder la réalité en face. Bien obligés : ils y sont immergés corps et âme et la subissent de plein fouet, eux !

Mais la spontanéité ne règne jamais longtemps, hélas !, sur la scène politique et sociale française, où le moindre mouvement d’opinion est guetté par des prédateurs à l’affût trop heureux de trouver enfin du grain à moudre.

Quitte à en dénaturer l’esprit et en compromettre l’issue…

ET

Baby-foot à 5 300 mètres

Chose promise, chose due !
Voici donc la fameuse photo (cf. post du 23 mars) de la partie de baby-foot qui s’est déroulée il y a une dizaine de jours à 5 300 mètres d’altitude, dans la salle de détente de l’observatoire de Chacaltaya – la seule véritablement spacieuse et non encombrée d’appareils, câbles et instruments divers…
baby-foot à Chacaltaya

La partie fut très brève, et la modestie m’empêche de vous en communiquer le résultat 😉

Un grand merci à Xavier, auteur de la photo et organisateur du meeting !

ET