Evo Morales et la fête de la mer…

Bon, il faudra un jour que je m’achète un appareil photo numérique. Celui de mon téléphone portable ne m’a pas permis de faire mieux que ceci :

Fête de la mer à La Paz (Bolivie)

Sinon, vous auriez aperçu Evo Morales, au milieu, à l’avant du cortège.

Au lendemain du double attentat qui a fait deux morts et huit blessés dans deux hôtels de La Paz, nous eûmes la surprise, en rentrant à notre hôtel le soir de la visite à Chacaltaya (voir post précédent), de trouver les rues bloquées et un cortège de policiers en rang d’oignons (tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas utilisé cette amusante expression !).

Fête de la mer à La Paz (Bolivie)Fête de la mer à La Paz (Bolivie)
Nous savions que la « fête de la mer » aurait lieu le lendemain (le 23 mars), mais apparemment, un défilé officiel était organisé dès ce soir (le 22, donc). Devant l’ampleur du déploiement d’uniformes, il nous est venu l’idée que le nouvellement élu président bolivien, Evo Morales, récent hôte de l’Élysée pour son premier voyage officiel en Europe, pourrait être présent, et qu’on pourrait, qui sait, l’apercevoir…

Et bien oui ! Quelques minutes plus tard, après quelques musiciens, chevaux et un dérisoire canon mitrailleur à roulette remorquée par un véhicule dont le pot d’échappement faisait littéralement des étincelles et lâcha sous notre nez un immense nuage d’une fumée noire parfaitement nauséabonde (non, non, je ne me moque pas, je décris fidèlement…), une sympathique cohorte passa devant nous, avec notamment Evo Morales (il va de soi que j’aurais été bien en peine de reconnaître toute autre personnalité bolivienne, …), vêtu de son habituel blouson et de son écharpe à motifs ouverte sur sa poitrine…
Fête de la mer à La Paz (Bolivie)Fête de la mer à La Paz (Bolivie)
Fête de la mer à La Paz (Bolivie)Fête de la mer à La Paz (Bolivie)
[Ça, ce sont les photos (catastrophiques !) que mon appareil est parvenu à enregistrer…]

Pourquoi vous parler de cet événement ? D’abord pour témoigner de la forte impression que m’a faite Evo Morales — non, je ne suis pas psychologue, et non, je ne l’ai pas vu plus d’une minute, de loin, et en représentation ;-), mais la simplicité de son salut, son charisme élégant et détendu, et son énergie apparemment sincère et humaine m’ont semblé effectivement authentiques.

Mais je voulais surtout vous parler de cette « fête de la mer », pour le moins incongrue. Quiconque connaît un peu la géographie de l’Amérique du Sud se sera bien sûr étonné de voir la mer ainsi célébrée dans un pays n’ayant pas la moindre façade maritime, coincé qu’il est entre le Brésil, le Paraguay, l’Argentine, le Chili et le Pérou. Alors pourquoi cette fête de la mer ? Eh bien parce que le 23 mars, la Bolivie commémore en réalité la perte de son accès à la mer, en 1879, au bénéfice du Chili, lors de la guerre du Pacifique !

[Étrange, cet assemblage de mot, vous ne trouvez pas ? « Guerre du Pacifique »… l’Histoire est toujours la plus inventive des surréalistes !]

Mais cela veut donc dire que la Bolivie commémore une défaite ! Imagine-t-on la France commémorer Waterloo plutôt qu’Austerlitz ? Très peu, en effet… Seulement voilà, si j’ai bien compris, la Bolivie n’a jamais gagné aucune guerre ! De conflit en conflit, elle a perdu une bonne partie de son territoire au profit de chacun de ses voisins, notamment du Paraguay et du Brésil, mais aussi, donc, du Chili. Alors, faute de victoire, il faut bien commémorer quelque chose…

Mais quand on sait l’importance économique et stratégique d’un accès à la mer (pour le développement d’un pays et ses échanges avec le monde), on comprend que les relations entre le Chili et la Bolivie soient demeurées, jusqu’à aujourd’hui encore, particulièrement tendues. Je l’ignorais d’ailleurs, mais il n’y pas de relations diplomatiques officielles entre les deux pays.

Pourtant, la situation semble être en train d’évoluer de manière très positive. D’une part, Evo Morales s’est rendu au Chili il y a moins de deux semaines, pour l’investiture de la toute nouvelle présidente, Michelle Bachelet. D’autre part, une rencontre aura lieu (est-ce demain ?) en Bolivie entre les deux nouveaux chefs d’État ! Il se passe décidément des choses fort intéressantes dans ce coin du monde en ce moment. La Bolivie, dont la pauvreté de la population est douloureusement visible à La Paz, et plus encore à El Alto, possède en réalité de très grandes richesses, notamment gazières et pétrolières. La découverte (en 2000, si j’ai bien compris) d’une immense réserve de gaz dans le sud du pays a réveillé au sein de la société un certain nombre de questions difficiles pour le pouvoir. À qui profite ces richesses ? Comment se fait-il que le peuple en soit apparemment privé ? C’est ce courant de mécontentement — fort compréhensible ! — qui a finalement conduit au pouvoir un Evo Morales bien décidé à retirer des mains des compagnies pétrolières étrangères, pour entamer une redistribution plus équitable et une réappropriation par la Bolivie de son potentiel de développement.

Dans ce contexte, il semble qu’il ne soit pas impossible qu’un accord tout à fait intéressant soit un jour conclu, par lequel le Chili rendrait à la Bolivie un accès à la mer, en échange peut-être d’une participation à l’exploitation des richesses pétrolières et gazières, ou d’un accès à ces ressources à prix avantageux. Je ne suis en aucun cas un connaisseur de ces questions, mais le simple fait qu’un tel type d’accord soit envisagé me paraît tout à fait remarquable. Il faut une maturité politique assez rare pour permettre une cession de territoire « à l’amiable », et en tout cas sans guerre physique. La diplomatie, parfois, sait se trouver des voies moins primitives… Excellente nouvelle !

Et au bout du compte, si la Bolivie reprenait possession de ses richesses naturelles et retrouvait dans le même temps un accès à la mer (soit directement, par la cession de territoire, soit virtuellement, par le biais d’accords spécifiques), on comprend aisément ce qui pourrait en résulter pour le développement du pays et l’amélioration des conditions de vie de ses habitants.

Mais encore une fois, je précise que je n’y connais rien. Je saisis simplement l’occasion de quelques informations glanées ici et là sur la situation de la Bolivie pour rêver à un monde meilleur, plus raisonnable et plus humain. Fol espoir ? Peut-être. Mais la situation ici semble évoluer bel et bien, et assez rapidement. Affaire à suivre, donc… et bonne chance à Evo Morales !

ET

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