La vérité est ailleurs

Les X-files ne nous mentent pas (au moins 😉 ) sur ce point : « la vérité est ailleurs » !

Ceux qui ont déjà entendu parler de la Physique Quantique savent qu’il est difficile d’en parler de manière simple et qu’elle s’appuie sur des notions mathématiques complexes. Les autres, ceux qui n’en ont jamais entendu parler, ont peut-être en réalité plus de chance. Car ignorant les préjugés communs, il se peut qu’ils comprennent plus facilement ce qu’elle a au fond d’éminemment naturel.

Qu’est-ce que la Physique Quantique ? C’est le cadre de toutes nos théories physiques sur la matière, le rayonnement et les interactions entre particules.

Un des plus grands physiciens du XXème siècle, Richard Feynman, qui a beaucoup contribué à ce cadre théorique et a obtenu le prix Nobel en 1965 pour ses travaux dans ce domaine, a déclaré un jour : « Je pense pouvoir dire sans risque que personne ne comprend la mécanique quantique. » Alors évidemment, si même Richard Feynman le dit…

Pourtant, au risque de choquer les fanatiques de ce physicien, certes exceptionnel, il me semble que derrière l’affirmation que la Physique Quantique est incompréhensible, on ne devrait pas entendre autre chose qu’une déclaration un tantinet plus prosaïque : « je ne comprends pas la Physique Quantique ». Cela laisse tout de même le champ un peu plus ouvert pour les autres !

On objectera que si Richard Feynman lui-même, qui a tant contribué à cette science, confesse qu’il ne la comprend pas, ce n’est pas le premier chercheur venu qui pourra prétendre faire mieux. Peut-être, mais on peut aussi répliquer qu’il est étrange qu’on puisse à ce point contribuer à une science que l’on ne comprend pas. Une question mérite alors d’être posée : Richard Feynman ne comprenait-il pas la Physique Quantique, ou bien refusait-il de la comprendre ?

C’est en lisant aujourd’hui une phrase de Tom Siegfried, un brillant journaliste scientifique états-unien, que j’ai souhaité dire ici un mot de physique quantique. Dans son livre The bit and the pendulum, il écrit ceci : « Understanding quantum objects is like enjoying a Hollywood movie — it requires the willing suspension of disbelief. » C’est très bien tourné en anglais, alors pardon pour la traduction : « Comprendre les objets quantiques, c’est comme prendre plaisir avec un film hollywoodien — ça nécessite la suspension délibérée de l’incrédulité ». Je trouve cette formule remarquable… et très juste !
Rassurez-vous, cher lecteur, je ne vais pas discourir longuement sur la Physique Quantique. Mais je pense que pour en aborder la perspective, il pourrait suffire de dire ceci : en physique quantique, il apparaît clairement que :

  • le « monde » où évoluent les particules, où elles interagissent, N’EST PAS le monde physique manifeste ;
  • aucune matière ne saurait se concevoir comme « objet » disposé dans l’espace (ou l’espace-temps) ;
  • le monde dans lequel nous croyons vivre ne peut avoir au mieux qu’une réalité apparente, en liaison directe avec notre propre interaction avec lui ;
  • en particulier, les phénomènes sensibles sont des projections qui opèrent au mieux une réduction de la réalité sous-jacente, et qui en fait la travestissant.

Le reste impliquerait certes des développements parfois complexes, notamment sur le plan mathématique, précisant dans quelle mesure et de quelle manière ces « projections » s’effectuent, ou comment on peut avoir une idée de la structure du monde sous-jacent où se définissent de manière plus juste les particules, etc. Mais sur le fond, ce qui semble poser problème dans la Physique Quantique n’est pas particulièrement effrayant.

Les quelques points ci-dessus sont-ils incompréhensibles ? Je ne le crois pas du tout ! Cela s’énonce en bon français, et cela peut même paraître, d’un certain point de vue, tout à fait naturel ! Si l’on juge la Physique Quantique particulièrement étrange, voire absurde (comme Richard Feynman se plaisait à le dire), n’est pas alors tout simplement qu’on en refuse l’enseignement ?

En tout état de cause, la physique quantique ne me paraît nullement moins compréhensible que la physique newtonienne. Par bien des égards, elle est en réalité plus sensée, philosophiquement, et s’affranchit de nombreux problèmes conceptuels posés par ce qu’on pourrait appeler les « absolus objectifs » de Newton.

Pour finir (provisoirement ;-)), je dirais qu’à la lumière de la Physique Quantique, il est aujourd’hui impossible à un physicien d’être matérialiste (au sens que l’on donne habituellement à ce mot), ou si l’on préfère, être matérialiste aujourd’hui, c’est, en connaissance cause, comprendre que la réalité ontologique du monde ne se situe pas sur le plan du monde physique manifesté aux sens.

En bref, « la vérité est ailleurs » !

ET

10 réflexions sur « La vérité est ailleurs »

  1. « celui qui n’est pas effrayé par ce qu’il découvre au travers de la physique quantique n’en a absolument rien compris » (nils bohr)

    votre article est très bien illustré par les entretiens de krishnamurti et david bohm dans lesquels on s’aperçoit qu’un humain est capable de « voir » les résultats du top de la physique actuelle, uniquement avec ses propres ressources intérieures et sans avoir étudié…

  2. EINSTEIN ET LA MORT DE LA PHYSIQUE

    En 1905, apres avoir confirme l’idee de Newton que la lumiere est composee de particules, Einstein doit resister a une tentation : s’il revient a l’idee contraire, a la mode en ce moment-la, selon laquelle la lumiere doit etre concue comme un champ ondulatoire, il sera l’auteur d’une theorie miraculeuse mais la physique en mourra en fin de compte :

    A. Einstein, « La Relativite », Petite Bibliotheque Payot, Paris (2001), p. 205 : « Quand la theorie de la relativite restreinte eut mis en evidence l’equivalence physique de tous les systemes d’inertie, l’hypothese de l’ether au repos devint unsoutenable. On fut ainsi oblige de renoncer a l’idee que le champ electromagnetique doit etre concu comme etat d’un support materiel. Par la le champ devient un element irreductible de la description physique, irreductible dans le meme sens que la notion de la matiere dans la theorie de Newton. »

    Einstein a la fin de sa carriere (lettre adressee a son ami M. Besso, 1954) : « Je considere qu’il est bien possible que la physique ne puisse pas etre basee sur la notion de champ, c’est-a-dire, sur des structures continues. Dans ce cas-la, rien ne reste de tout mon chateau en l’air, y compris la theorie de la gravitation, et du reste de la physique moderne. »

    Peut-etre en 1954 la mort de la physique etait-elle encore reversible ; maintenant ce n’est pas le cas. Cette civilisation parait suicidaire.

    Pentcho Valev pvalev@yahoo.com

  3. Bonjour Pentcho, et merci pour votre commentaire. Je ne suis pas sûr de comprendre le sens de votre message. Qu’entendez-vous par « mort de la physique » ? Le renoncement à la notion de champ (à support continu), à laquelle fait allusion Einstein, n’est pas en soi un problème pour la Physique. Cela indique simplement qu’une description et une compréhension plus profondes du monde physique pourrait nécessiter de dépasser cette notion, ce que certains physiciens s’emploient à faire au sein de leur discipline. Je pense en effet, comme de nombreux chercheurs qui s’intéressent à ces questions, qu’il faudra bien un jour comprendre l’émergence des notions d’espace et de temps, et non plus les considérer comme un cadre donné ab initio, dans lequel la réalité est circonscrite. Il y a déjà diverses idées et approches qui explorent ce type de voies. Leur progrès effectif nécessitera peut-être de faire éclater les limites et même les méthodes de la physique actuelle, comme ce fut le cas déjà par le passé. C’est même probable, et c’est tant mieux : accueillons le nouveau avec bonheur ! Sinon, oui, toutes les civilisations sont mortelles. Heureusement, d’ailleurs ! Là aussi, on ne peut que se réjouir des mutations à venir… (Tout en redoutant leurs conséquences locales.)

  4. Ah, je comprends mieux ce dont vous parlez, Pentcho. Ces liens font état de la perte « d’attractivité » de la physique pour les étudiants. Ce phénomène est général sur la planète, en effet, et je ne crois pas qu’il soit juste de dire qu’on n’en parle que dans le monde anglophone. De nombreux articles en ont fait état en France, et l’Université en est très consciente. Mais je ne saisis pas le lien avec votre premier commentaire. Les paramètres qui déterminent le choix des étudiants dans leur cursus universitaire sont nombreux : conjoncturels, économiques, financiers, culturels, et même médiatiques… Il est vrai que l’absence apparente de grandes percées conceptuelles en Physique est également un élément. Mais je crois que la défection des étudiants en Physique est plus préoccupant pour le modèle économique et technologique actuel que pour la Physique elle-même et plus généralement pour la connaissance. Le nombre d’étudiants en Physique sur la planète reste de toute façon incomparablement plus grand que ce qu’il était à l’époque d’Einstein, sans parler de celle de Newton… Pour ce qui est de la connaissance stricto sensu, la quantité est infiniment moins importante que la qualité. [Et par ailleurs, nous savons qu’il suffit par exemple que l’équipe de France de Handball remporte les championnats du monde une année pour voir tripler le nombre d’inscriptions des jeunes pour pratiquer ce sport l’année suivante… ;-)]

  5. Je ne suis pas d’accord. La science se meurt. Meme les Einsteiniens le sentent:

    http://dogma.free.fr/txt/JB_Critique-Science.htm
    http://dogma.free.fr/txt/EK-ScienceQuiestion.htm

    bien qu’ils ne cherchent qu’a detruire l’ennemi exterieur (Feyerabend, les postmodernistes, les heretiques etc.). En fait, c’est un processus suicidaire qui a commence en 1850 et qui fut decidement renforce en 1905. Toutes les deux, la thermodynamique et la relativite, ont subi le developpement:

    premisse fausse -> miracles -> conversion en culte

    La thermodynamique: « La chaleur est une substance indecomposable » (premisse fausse) -> les machines thermiques ont le meme rendement maximal, l’entropie est une fonction d’etat, l’entropie augmente toujours etc.

    La relativite: « La vitesse de la lumiere est independente de la vitesse de la source lumineuse » (premisse fausse) -> dilatation des durees, contraction des longueurs etc.

    Les miracles coupent le souffle au debut et les falsificateurs principaux sont deifies. Mais la fin des contes de fees est tragique – le monde intelligent les abandonne, y compris les etudiants intelligents.

    Pentcho

  6. Je ne sais pas qui vous êtes mais la manière dont vous décrivez la physique quantique (j’ai étudié la physique) est absolument simple et claire : elle correspond par ailleurs parfaitement à ma « vision » du monde visible/accessible aux sens.

    Est-il soutenable selon vous (et selon la physique quantique) de supposer que, plutôt que d’Orion ou d’une autre Galaxie, certains ET (ou les anges selon le paradigme explicatif où on se place et selon la partie du cerveau qui perçoit) pourraient-être des êtres venus d’un continuum espace-temps de dimension supérieur au nôtre, ayant peut-être créés le nôtre ? Un peu comme des êtres à 3D ayant créé un univers à 2D et des êtres y vivant, observant leur évolution et les touchant/interagissant avec eux parfois…

  7. Je voudrais également vous poser deux questions, si vous le permettez :
    1. Si la « matière » (à « 3D ») n’est qu’une projection (avec des lois compréhensibles) d’une réalité ontologique inaccessible: que valent les lois physiques (locales) actuelles ? Comment peut-on découvrir les lois de ce supra-monde (les seules véritablement explicatives) ?
    2. La suppression du temps dans les lois physiques actuelles pourrait-elle conduire à la découverte des lois de ce supra-monde ?

  8. Merci pour vos commentaires et vos questions, Tsiokavoana.

    La question du temps et des « dimensions supplémentaires » est particulièrement difficile, et le plus honnête est de dire que la Physique ne comprend pas comment émerge la notion intuitive de temps, et a fortiori comment émerge le monde des phénomènes physiques. Ce qui apparaît de plus en plus clairement, en revanche, c’est que le temps, comme l’espace, n’est pas une « catégorie » première (à supposer qu’il en existe), qui serait pertinente au niveau le plus profond de la réalité. C’est effectivement quelque chose qui émerge, d’une façon ou d’une autre, à partir d’un « existant » ontologiquement plus fondamental, plus « réel ».

    À propos de votre premier commentaire, on pourrait dire que si la réalité physique sous-jacente aux phénomènes physiques observables est de toute façon « ailleurs », au sens où ce qui se manifeste comme tel ou tel phénomène a un contenu physique qui n’est pas de la matière-boule-de-billard existant localement-concrètement, venir d’Orion ou d’une autre galaxie n’est pas forcément incompatible avec « venir d’une autre dimension ». La question, à laquelle je/nous ne savons pas répondre, c’est celle de la manifestation, c’est-à-dire de la formation de ces phénomènes observables apparemment substantiels et localisés, à partir de ce qui les sous-tend, quoi que ce soit…

    Si l’on accepte que l’espace-temps des phénomènes est secondaire, « apparent » ou « effectif », il me semble qu’on est conduit à chercher ailleurs que dans « le vrai nombre de dimensions » l’explication de ce qu’on observe dans les quatre dimensions ordinaires, puisque ce vrai nombre de dimensions ne concernerait de toute façon qu’un espace lui-même émergeant. La question fondamentale est plutôt « comment apparaissent les dimensions ? », qu’il y en ait 4, 10, 11 ou 27 (même si connaître la dimensionnalité de l’espace physique  effectif, pertinent aux échelles qui nous sont accessibles, peut aussi éventuellement donner des clés pour cette question plus générale).
    Pour votre second commentaire, je répondrais que les lois physiques actuelles donnent une description remarquablement cohérente de la façon dont les phénomènes se disposent et s’organisent du côté du monde physique, si l’on peut dire, et qu’il y a forcément, dans la façon dont le monde est décrit par la physique actuelle, des traces ou des indices de ce que peut représenter le monde physique « du côté non phénoménal », si l’on peut dire, qui serait une sorte d' »endroit » du monde (pour reprendre le langage de Raymond Ruyer par exemple). Mais bien sûr, nous ne savons pas vraiment comment « découvrir les lois de ce supra-monde », comme vous dites (sinon, ce serait fait 😉 ).

    Je ne dirais pas que la suppression du temps dans les lois physiques pourrait conduire à cette découverte, comme vous le suggérez. Car comment faire ? C’est plutôt en approfondissant les notions clés de la physique que nous ferons émerger un cadre de pensée ou de compréhension plus fondamental, et il est alors possible que le temps y apparaisse comme une notion dérivée, émergente, c’est-à-dire que le temps aura effectivement disparu du niveau de description le plus essentiel. Mais ce sera alors une conséquence de notre plus grande ou plus juste compréhension de ce qu’est la réalité physique.

  9. Pour réagir sur ce qui est dit sur la phrase de Richard Feynman, qu’il ne comprenait pas la physique quantique !
    Je pense que l’interprétation de cette phrase doit être prise au sens de la causalité des observations quantiques. Observations qui seront d’ailleurs toujours faussées.
    La physique quantique actuelle n’en est qu’à ses débuts, osons l’imaginer dans quelques milliers d’années et peut être nos descendants (s’il y en a) pourrons réaliser la justesse des propos de Mr Feynman. Ils diront de lui, qu’il lui manquait tellement d’éléments pour la comprendre dans son unicité.
    La science n’est pas figée, des théories que l’on croyait indestructibles seront remplacées par d’autres et ainsi de suite, restons l’esprit ouvert sans dogmatisme de tous rangs, et peut être pourrons nous réaliser les choses que nous pensions inimaginables peu de temps auparavant !
    Merci Mr Feynman de nous avoir dit que vous ne compreniez pas grand chose, d’autres que vous ont dit qu’ils comprenaient tout, que la science physique était finie, qu’il n’y avait plus rien à comprendre.
    1 siécle depuis a passé, il est temps de se réveiller.

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