Honte et indignité

À la stupéfaction avait d’abord succédé la déception, mais voici maintenant la honte !

Que des entreprises comme Carrefour ou Nestlé aient pu utiliser la situation provoquée par ces fameux dessins danois comme argument commercial m’emplit de tristesse et de honte. Comment le croire ? Ils ont fait paraître des publicités anti-danoises dans des journaux arabes et ont appliqué eux-mêmes ce boycott insensé des produits danois… mais seulement dans des supermarchés du monde arabe, bien sûr ! Tout est bon pour ce capitalisme délirant qui se porte, peut-être sans même s’en rendre compte (croyant simplement pouvoir tenir le business en dehors de la politique), au cœur de l’ignoble : « Non, non, on n’est pas comme eux, comme ces maudits blasphémateurs, ces mécréants racistes, ces coupables impies. Oui, oui, condamnez-les, assassinez-les, mais s’il vous plaît, continuez à acheter nos produits ! ».

Puisque manifestement les intérêts commerciaux doivent toujours être placés au-dessus de toute réflexion sur les valeurs humaines, il n’est probablement pas étonnant que ces valeurs soient d’une part laissées à l’abandon là où elles sont parvenues à se manifester après de siècles de lutte, et d’autre part attaquées farouchement là où les dirigeants en place n’ont nul désir de les voir se manifester. Et c’est le paradoxe inouï de la situation : ce capitalisme qu’on dit sauvage, mais qu’il faudrait songer à qualifier de barbare, est justement un des éléments principaux qui justifient – à raison, cette fois ! – le rejet catégorique de la culture occidentale dans certaines parties du monde. Et, bien entendu, « nous » (qui tentons, dans la mesure de nos moyens, de penser la situation à une échelle plus globale et plus humaine) sommes pris entre deux courants absurdes qui se croient tellement opposés l’un à l’autre qu’ils ne comprennent pas que nous puissions les rejeter l’un et l’autre.

Business is business. Surtout ne pas prendre parti. Mais quand comprendrons-nous enfin que ne pas prendre parti dans une situation de guerre ouverte revient systématiquement à prendre le parti de (celui qu’on perçoit comme) le plus directement menaçant ? C’est tellement facile de retirer les produits danois de ses rayons en Égypte ! Et c’est tellement facile aussi de les y laisser… au Danemark ! L’argument, on le devine aisément : « nous ne faisons pas de politique, nous nous adaptons au client, nous sommes là pour le satisfaire… » !

Le pire, c’est que dans la logique qui s’est installée depuis maintenant de nombreuses années, on serait presque tenté d’admettre que ce genre d’attitude est inévitable. Mais dans une période où les situations se cristallisent, comme les drames se nouent et se révèlent dans les tragédies grecques, il est tout aussi inévitable que les contradictions engendrées par cette attitude ne puissent plus être esquivées. Bientôt, demain peut-être, il ne suffira plus, pour le client du Caire, que Carrefour retire ses produits danois des étalages au Caire : il exigera aussi qu’ils les retirent à Copenhague. Et inversement, le client danois boycottera Carrefour qui boycotte ses produits à Ryad. Les petits arrangements entre malfaiteurs sont parvenus à leur terme, car le niveau d’absurdité atteint devient visible même aux plus endormis.

Euh… à vrai dire, cette dernière phrase me paraît sonner faux !

Non, manifestement, l’absurdité n’est pas encore apparue à la plupart d’entre nous sur cette Terre. Inutile de nous leurrer. Chacun préfère le calme et la tranquillité, qui n’est rien d’autre que la mort !
Honte ! Honte à nous ! Honte et indignité devant l’âme humaine !

Hier, à 19h25 exactement, heure française, j’ai aperçu du coin de l’œil un point lumineux s’enflammer dans le ciel. J’ai tourné la tête : il était énorme, intense et tombait longuement, avec une parfaite verticalité sur l’horizon sud. Son feu durait, durait, durait encore : c’était incroyable ! À un moment, et c’est la première fois que je ressens cela avec une étoile filante, j’ai été saisi d’effroi. Une peur réflexe, biologique sans doute. Ce trait de lumière ne s’arrêtait pas : je me suis dit un instant qu’il allait toucher le sol ! C’était vraiment incroyable. Et puis finalement non.

Quelqu’un d’autre a-t-il vu ce… je n’ose pas dire « ce doigt de Dieu s’abattant sur la Terre », ça ferait s’étouffer mes collègues scientifiques. Non, non, c’est complètement idiot. Heureusement, d’ailleurs ! Car c’eut été le doigt d’un dieu bien inquiétant : après quelques secondes de saisissement, je parcourus du regard ce ciel, d’une limpidité parfaite, pour me repérer rapidement et orienter le phénomène, et je découvris que le trait lumineux qui s’était ainsi abattu verticalement sur l’horizon provenait directement… de Mars !

ET

2 réflexions sur « Honte et indignité »

  1. Contrairement à l’albatros du poète, lamentablement
    empêtré dans ses grandes ailes blanches dès qu’il abandonne les hauteurs pour se mettre au niveau du commun des hommes, la platitude des basses terres ne semble pas avoir handicapé ta haute intelligence du cœur. Fort heureusement, le système n’a pas réussi à t’enlever tes ailes. Elles sont ici intactes ! Que l’on se le dise…

  2. Ping : FredZone

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